Dimanche 5 février 2012 7 05 /02 /Fév /2012 15:26

 

 


 

Le commentaire de Rapaces qui suit provient du forum de Starflam (un groupe de rap belge aujourd'hui dissout), je l'ai posté afin de lui donner une 2ème vie.


Citation

« Posté par : Marco
Un petit message pour remettre des pendules à l'heure. je suis tombé sur un site animé par le groupe Rapace qui affiche Rockin'Squat parsqu'il a fait une pub pour la marque 12 inch. Comment soit disant il se sert de son image pour ce gaver et faire porter des fringues à des jeunes en mal de sensation forte. Il faudrai dire à ces bouffons de Rapace qu'à l'époque où Squat a fait la pub, déjà il n'as pas pris une tune pour la faire (je connais Pablo donc je sais de quoi je parle). Que cette marque était 100% hip hop fait par Sozy one legende du graff en Europe, que prés d'une centaine d'acteurs de notre mouvement l'ont big up (Mode 2, Profecy, Starflam, Smimooz, Jr Ewing...)
Donc comparer la pub de Squat avec des marques comme Royal wear ou Com 8 prouve un manque d'information exemplaire de la part de ces soi disant révolutionnaire de l'internet.
Voilà c'est tout simplement pour dire quand on ne sait pas on ferme sa gueule !!!
Big up aux 2 fils de pute (disque dans les bacs)
Marco "L'Odyssée suit son cours" »




Salut à tous ici,
Comme il est question de nous dans l'intervention de Marco sur ce forum, on tient à apporter quelques précisions.
Tout d'abord, il est important pour chacun de savoir discerner ce que l'on écrit précisément, et les interprétations qui peuvent en être faites. En l'occurrence, Marco interprète, et avec mauvaise foi.

"... le groupe Rapace qui affiche Rockin'Squat parsqu'il a fait une pub pour la marque 12 inch."

==> Il ne faut pas renverser les rôles. Ce n'est pas nous qui affichons Rockin'Squat, c'est Rockin'Squat qui s'affiche. Et c'est la "presse spé" (Radikal pour ce qui est de notre scan) qui s'en fait le relais, suite à un accord commercial avec "12 Inch".
Cette marque textile a fait des choix promotionnels en vue d'écouler sa production. Pour ce faire, elle a effectivement choisi un certain nombre d'"artistes" (qu'a cité en partie Marco et dont voici quelques scans).

En dehors des relations amicales qui peuvent exister individuellement entre eux, le choix de la représentation publicitaire de la marque s'est porté sur ces personnes parce qu'elles "représentent" un certain nombre de valeurs propres au "Hip-Hop" : une "authenticité", un style de vie "en marge", une "attitude" assurément "rebelle", en lutte...
Ce sont ces valeurs, médiatisées, qui donnent une dimension idéalisée à leur image, et sur laquelle ils fondent eux-mêmes concrètement leur "carrière".
Ces valeurs sont leur fonds de commerce.
Là pour le coup, on trouvait intéressant qu'un rappeur comme Rockin Squat, qui a l'habitude de dissimuler son visage sous une capuche, masque aussi sa face sur cette publicité.
L'important est pourtant qu'il soit identifié, et la note en bas de page est là pour rappeler l'identité du personnage...

http://rapaces.zone-mondiale.org/pages/images/tximg10/assassin_twelveinch1b.jpg

Le but de cette posture visiblement anti-conformiste est bel et bien de construire au produit une image de marque qui va valoriser son porteur, et ainsi motiver son achat.
Notre avis c'est qu'on ne lutte pas contre le système quand on renforce son développement, quand on participe à son mensonge et ses illusions.

"... comparer la pub de Squat avec des marques comme Royal wear ou Com 8 prouve un manque d'information exemplaire..."

==> Déjà on précise qu'on n'a nulle part "comparé" les marques citées. Cependant, si on devait le faire, et puisque Marco nous y invite, on les rapprocherait sur la nature de leur activité : ces marques sont en concurrence et cherchent tout autant à faire leur bizness sur le même créneau.
Que ce soit la petite ou la grande industrie, aucune ne souhaite la transformation des rapports de production. Elles luttent juste entre elles pour leur rentabilité propre, au dépend de l'intérêt général, et au mépris de leur cible marketing (les professionnels parlent de "niches" de consommateurs, et se félicitent de diriger une population de moutons/exploités/consommateurs avec l'aide de quelques bergers/artistes/modèles...).
Les moyens et investissements peuvent ne pas être les mêmes, la manière et la finalité le sont toujours.
Pour imager, même si "Rockin Squat n'a pas pris une tune" (comme nous en informe humblement Marco), il a fait la pub pour aider à vendre un sweatshirt "100% HipHop" (!?). Et la marque a convaincu un public, a produit, a vendu, et a fait ses bénéfices.
Et ce dans quel but entrant en opposition au système ?!
N'oublions pas que le bizness des fringues de marque ne peut se faire qu'auprès d'une population qui considère l'apparence comme primordiale... Tous ("marques respectables" et "marques d'opportunistes notoires") participent activement à cette tendance.
Quelle menace représente ce "mouvement Hip-Hop" mercantile dont fait référence Marco ?! D'après nous, aucune. Bien au contraire.
Toute initiative entreprenariale renforce le système, et encore plus puissamment dans les domaines comme le Hip-Hop propices à l'éclosion d'une réaction subversive.

"... Comment soit disant il se sert de son image pour ce gaver et faire porter des fringues à des jeunes en mal de sensation forte."

==> Marco invente : On ne dit pas que Rockin'Squat se gave avec 12 Inch.
On dit que "Rockin Squat fait sa révérence à la marchandise pour Twelve Inch... Comme quoi cacher sa face est tout aussi solvable que de la montrer, surtout quand il s'agit de faire porter des fringues (de marques) à des "jeunes rebels"..."
Ne pas remettre en question le fait que le "public rap" soit considéré comme une masse de consommateurs est un premier signe d'acceptation des règles édictées par le système capitaliste.
Participer à la publicité d'un produit ou d'une marque, c'est avoir conscience de la solvabilité de son image.
Donc, oui, on confirme bien que le but réciproque de Rockin Squat et de 12 Inch est de faire porter des fringues à des jeunes qui se reconnaissent dans l'image que Rockin Squat entretient depuis des années : le "jeune rebelle", dont la pub est d'ailleurs très suggestive.
Si on se laissait aller à une analyse sémantique de base, on dirait qu'on y voit distinctement : un jeune homme fuyant dans la nuit un environnement hostile, passant la main sur son visage au croisement d'un regard, affirmant son désir de liberté en refusant la mise à nue de son intimité, évitant d'être dévisagé, et par là même d'être jugé... Une attitude qui reflète partiellement les traits tourmentés de l'adolescence.
Le marketing, c'est un métier. Il ne faut pas ignorer que toutes les communications qui nous entourent sont l'objet de préoccupation d'un grand nombre de professionnels en vue d'un objectif principal : la vente.

"... Voilà c'est tout simplement pour dire quand on ne sait pas on ferme sa gueule !!!"

==> Ce qu'il est intéressant de constater, c'est que les réactions les plus hostiles à nos analyses proviennent toujours de ceux qui défendent un biz (le leur ou celui d'un proche).
On commence à être habitués...
Au delà de cibler Rockin'Squat ou 12 Inch comme Marco semble le penser, nous avons voulu, pour appuyer notre propos ("Bâtir un pôle du Rap anti-marchand" http://rapaces.zone-mondiale.org/pages/comm12.htm), illustrer le fait que la marchandise et le commerce sont au coeur du Hip-Hop, dès lors qu'il est médiatisé. A mesure qu'il s'intègre à notre société, que de l'argent y est investi, il s'en retrouve de plus en plus vidé de son sens originel.
Il n'est plus en soi un mouvement émancipateur, mais devient un organe d'oppression de plus.
C'est clair que vis-à-vis des autres groupes, on a de toute évidence des divergences d'opinion et d'action.
Pour nous, définitivement, combattre le système, ce n'est pas en être l'instigateur.
Le rap, comme le Hip-Hop, doivent se débarrasser de la pollution marchande pour enfin pouvoir prétendre être "libre".
Au plus grand dame de certains, le savoir est une arme, on observe un certain nombre de choses, et on fermera pas nos gueules.

RAPACES

Par Blog de sheerk - Publié dans : Musique
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Dimanche 5 février 2012 7 05 /02 /Fév /2012 15:07

 


 
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Mardi 17 janvier 2012 2 17 /01 /Jan /2012 00:42

 

14 janvier 2012

 

NE PAS QUITTER LONGVIEW DES YEUX : UNE ATTAQUE CONTRE UN EST UNE ATTAQUE CONTRE TOUS
 
Nous vous écrivons pour vous informer du sérieux affrontement de classe  qui se déroule sur la côte nord-ouest des USA à Longview (Etat de Washington) (1)
 
Dans cette petite ville, une compagnie céréalière internationale EGT , possédée conjointement par trois firmes  ( Bunge North America (américaine),Itochu (japonaise) et STX Pan Ocean (Coréenne), a investi 200 millions de dollars (160 millions d’euros) dans la construction d’un nouveau terminal céréalier dernier cri.
Alors que débutaient les travaux, ECT avait annoncé qu’il emploierait les 225 adhérents du syndicat local « ILWU local 21 » de Longview, conservant ainsi les liens avec la solide implantation du syndicat ILWU (International  Longshore Workers Union) depuis les années 1930 dans les ports de la côte ouest des USA .
Mais, quand  la construction du terminal fut achevée, EGT s’adressa à un syndicat « jaune » -General Construction and Operating Engineers local 701 , avec l’intention de contraindre les dockers d’ILWU à accepter un « bon » contrat qui, d’après les estimations réduirait les coûts annuels du travail sur le terminal d’un  million de dollars par an (800 000 euros)
Cette rupture avec le local 21 de l’ILWU , sans aucun doute , serait le prélude d’une offensive contre ce syndicat sur toute la côté ouest, en particulier avec une perspective d’une extension de l’automatisation. Clairement aussi, les patrons et l’Etat veulent dresser les travailleurs d’ILWU  contre les militants du mouvement « Occupy » pour isoler et affaiblir les uns et les autres. Ils reconnaissent et craignent l’existence du pouvoir d’une jonction Occupy/ ILWU dont la démonstration a déjà été faite.
Malgré cette menace, la centrale syndicale ILWU International ne cherche qu’à limiter le conflit à EGT et à Longview et à éviter toute extension aux autres ports de la côte ouest.. Ils ont ordonné aux dockers de ces autres ports de traverser les piquets de grève animés par Occupy sauf à Longview. Le 6 janvier, les hommes de main d’ILWU ont attaqué un meeting d’Occupy Seattle qui devait  organiser des actions de solidarité avec Longview.
Des  oppositionnels du local 10 d’ILWU, regroupant des dockers de base et d’anciens  permanents, ont déclaré qu’ils allaient tenter de bloquer le port d’Oakland  si un navire dérouté tente d’y accoster. En fait, les hommes de main ont attaqué le meeting d’Occupy à Seattle juste au moment où les dockers retraités d’Oakland et le leader de l’opposition du local 10, Jack Heyman, expliquaient aux présents que les dockers de base de l’ILWU d’Oakland, Portland et Seattle avaient refusé de traverser les piquets d’Occupy et fait ainsi fermer ces ports le 12 décembre et qu’ils feraient de même si les navires céréaliers se présentaient à Longview. Que cela arrive ou pas, en dépit de la pression énorme de l’Etat et des patrons, avec le complicité de la centrale ILWU International et de quelques bureaucrates locaux, reste à voir.
Après être restée à l’écart pendant des mois, le 7 septembre 2010 la police escorta un train vers le terminal EGT et arrêta 19 de ceux qui s’opposaient à son  passage. Le 8 septembre au matin, des centaines de dockers envahirent le terminal et détruisirent la cargaison du train. Plus tard dans la même journée, les dockers de cinq ports voisins, y compris Seattle (Washington) et Portland (Oregon) déclenchèrent une grève sauvage de solidarité avec Longview.
Depuis ces affrontements du début septembre 2010, 220 sur 225 membres du local 21 ont été arrêtés. Le président du local a été arrêté à six reprises et les flics lui ont fracturé le bras. Les hommes de mains privés et la police  entretiennent à Longview une atmosphère qui rappelle celle des la guerre sociale dans les sites miniers dans les années 20. Les hommes de main attaquent les dockers dans les rues et les flics sortent les dockers de leur maison au milieu de la nuit.
Un nouveau navire est supposé arriver à Longview pour décharger une cargaison de grain à un moment quelconque dans les deux prochaines semaines. Il sera escorté par deux navires de la garde côtière américaine et par des hélicoptères, encore plus de flics publics et privés pratiquement militariseront la ville. En vertu de la nouvelle  loi sur la sécurité nationale signée par Obama la veille du Nouvel an, le National Defense Authorization Act (NDAA), quiconque commettant un « acte d’agressivité » contre les Etats-Unis peut être emprisonné indéfiniment sans aucune autre charge ou procès sur ordre du président. Les ports américains sont déjà sous un régime semi militaire sous l’autorité du « Homeland Security », les dockers étant contraints de montrer pas moins que trois cartes d’identité électroniques pour atteindre chaque jour leur lieu de travail et sont de plus l’objet de contrôle de sécurité. Avec un peu d’imagination, il est très facile d’envisager la possibilité de lier un travail militant quelconque à une action  « terroriste ».
Il est essentiel que ces attaques sur les travailleurs de la côte ouest des Etats-Unis reçoivent le maximum d’intérêt internationalement et une solidarité active. Alors que la date d’arrivée du navire est encore tenue secrète, Occupy de la baie de San Francisco, Portland et Seattle organisent des caravanes qui convergeront sur Longview quand la date sera connue. Ailleurs aux Etats-Unis, Occupy projette d’organiser des manifestations devant les bureaux de la Coast Guard et devant les bureaux des compagnies qui possèdent EGT.
Un soutien international, à commencer avec les dockers d’Europe, d’Asie, d’Afrique et d’Amérique du Sud, est aussi essentiel. En 2001  cinq dockers noirs de Charleston (Caroline du Sud) encouraient des années de prison  après avoir été inculpés sur de fausses allégations des flics qui avaient attaqué le piquet de grève. Après que les dockers d’Europe eurent menacé de refuser de charger ou décharger les navires allant ou venant de Charleston, toutes le poursuites contre les « cinq de Charleston » avaient été abandonnées. Quelque chose se similaire,  même à une plus grande échelle, s’imposerait aujourd’hui.
Insurgent Notes appelle quiconque recevant cet appel à rejoindre la lutte, soit en se préparant à rejoindre la convergence projetée sur Longview, soit en participant à des actions plus proches de leur lieu de vie contre les Coast Guard américains ou les firmes Bunge, Itochu et STX Pan Ocean.
La confrontation de Longview sera le plus recent test, et le plus dur, démontrant la capacité des forces qui ont bloqué les ports de la côte ouest les 2 novembre et 12 décembre à pouvoir mobiliser un soutien de masse. La clé d’un succès serait une large alliance de classe de la base des dockers, du nombre imposant des camionneurs  inorganisés des ports et de la masse des précaires qui forme l’aile radicale d’Occupy.  Transformons maintenant cette action défensive en une action offensive.
 
(1) Si tu veux contribuer financièrement à la marche sur Longview vas au site http://occupyoakland.org/donate/ et clique sur  "Donate specifically to West Coast Port  Shutdown" (Donation spécifique au blocage des ports de la côteOuest)
 
http://insurgentnotes.com/

 

 

 

 

17 novembre 2011

 

PROCHAINE ETAPE POUR « OCCUPY WALL STREET » : OCCUPER LES BUILDINGS, OCCUPER LES ENTREPRISES.

 

Aujourd’hui, après deux mois d’occupations et les attaques contre celles-ci à Portland, Oakland et maintenant à Manhattan, Occupy Wall Street pourrait bien franchir une nouvelle étape : un rassemblement massif des étudiants à l’Union Square et une manifestation de la classe ouvrière à Foley Square tentent de donner une réalité aux appels croissants à la grève générale.
Cette nouvelle phase devrait impliquer l’extension des occupations aux buildings durant cet hiver et, par delà, aux entreprises, là où la classe ouvrière peut bloquer le système, ce qui serait un pas de plus vers la prise en charge de l’administration de la société sur des bases intégralement rénovées. Quoiqu’il se passe aujourd’hui (17 novembre) et au cours de la prochaine semaine d'actions, il est temps de faire le point sur les limites et les forces du mouvement d’occupation, tant à New York que dans le reste des Etats-Unis.

Il ne fait aucun doute que ce mouvement de rue est le plus important que connaissent les USA depuis quatre décennies. Sa propagation fulgurante dans un millier de villes en quelques semaines l’atteste. L’avalanche de revendications a fait de la misère sociale et économique de ces quarante dernières années, la plupart du temps endurée passivement avec quelques éruptions de résistance ponctuelles, une réalité publique désormais indéniable. Les hommes politiques, les personnalités TV et différents experts ont été pris au dépourvu face à un mouvement qui refuse de s’intégrer à leur univers rendu soudainement inepte.
Malgré l’aspect fourre-tout de ce qu’il exprime, le mouvement a absolument raison de refuser de s’identifier à des revendications spécifiques, des idéologies et des leaders. Depuis des années, la réalité sociale quotidienne lui a trop bien appris à ne pas tomber dans ce piège. Le fond des choses est la réalité que le mouvement représente : le refus d’une société qui jette un nombre toujours plus grand de gens au rebut. S’identifier de trop près à une liste de revendications reviendrait à s’écarter du sentiment profond du mouvement que tout doit changer et de sa certitude que rien ne devrait plus être comme avant.

En réponse, les plus grandes forces capables de détourner ce mouvement vers des voies respectables (le Parti Démocrate et les dirigeants syndicaux) se bousculent pour le contrôler, le désamorcer et le réprimer, comme elles sont parvenues à le faire dans le Wisconsin au printemps dernier. En ce moment, cette tâche leur est rendue rude.
Les différentes réalités que recouvrent les occupations dans 1000 villes défient toute généralisation simplificatrice.
Les grands journaux ont tenté de dépeindre le noyau du mouvement comme jeune, blanc, chômeur et de « classe moyenne », ce dernier terme permettant de faire immédiatement disparaître la classe ouvrière sous une fausse identité.
Quoiqu’il en fût aux premiers temps du mouvement, dans différentes villes (notamment durant la manifestation de masse du 2 novembre sur le Port d’Oakland), un nombre important de noirs et de latinos, ainsi que des personnes âgées, ont propagé celui-ci dans de nombreux endroits, au-delà de sa caractérisation initiale.
Notre but ici n’est pas de nous attarder sur les mille slogans exprimés, phénomène qui n’est pas surprenant de la part d’un mouvement très jeune, composé en grande partie par des gens pour qui ce type d’expérience est la première de leur vie. Des idées telles que le « 1% » ou « faire payer la juste part aux riches », ou « faire payer les banques », ou « abolir la FED » se mêlent aux attaques contre le « capitalisme ». Nous prétendons que la focalisation excessive sur les banques nie le fait que la source de la misère généralisée est la crise mondiale du système capitaliste (salariat) et, ainsi, n’envisage pas le dépassement de la crise par l’établissement d’un monde au-delà du travail salarié, à savoir le socialisme ou le communisme (même si nous sommes bien conscients de l'abus de ces mots dans de trop nombreux cas). Parvenir à une telle perspective requiert que l’on parle ouvertement de classe sociale. Il est clair que la grande majorité des travailleurs aux USA, bien que favorables au mouvement, ne l’ont pas rejoint activement tout simplement parce qu’ils travaillent et sont accaparés par la survie quotidienne.
Le mouvement des occupations doit s’appuyer sur le militantisme créatif de rue de milliers de personnes (tel qu’observé à Oakland, Portland, Seattle, New York et ailleurs) pour toucher cette grande majorité qui semble parfois, à un ou deux pâtés de maison des batailles de rue, vaquer à ses occupations habituelles. Les actions anti expulsions et anti saisies ont permis que cette jonction ait lieu. S’emparer des buildings pour s’y réunir ou y habiter, de même qu’y tenir des ateliers ou des cours, pourrait être une prochaine étape importante. Au-delà, il y a l’extension du mouvement aux arrêts de travail et aux occupations des entreprises, ce qui pose plus fortement qu’auparavant les questions de la propriété privée et du « qui gouverne ? ».
Le renouvellement du bail du Local 100 du Syndicat des Travailleurs du Transit est un point de jonction évident ici à New York. Le bras de fer continu entre les Travailleurs des Docks de la Côte Ouest et les jaunes grégaires de la société EGT à Longview à Washington en est un autre. L’occupation projetée, avec parents et élèves, de cinq écoles vouées à la fermeture à Oakland en est encore un autre. Nous pensons que, dans son effort, le mouvement aura peu de mal à distinguer la base des travailleurs (qui l’a déjà rejoint en différentes occasions) des bureaucrates syndicaux, qui n’ont émis que du bout des lèvres une résolution de « soutien » après l'autre, sans la moindre, ni même symbolique, mobilisation.
Il y a encore moins à dire au sujet des politiciens du Parti Démocrate - plus notoirement, Jean Quan, Maire d’Oakland – qui ont essayé d’utiliser le mouvement à leurs propres fins avant de lui envoyer la police anti-émeute.
TOUTEFOIS, L'OCCUPATION EST SEULEMENT UN PAS DE PLUS EN AVANT : AU DELA, C'EST LA QUESTION DE LA PRISE EN CHARGE DE LA PRODUCTION DE LA SOCIETE POUR NOUS-MEMES ET DU FONCTIONNEMENT DE CELLE-CI SUR UNE BASE ENTIEREMENT NOUVELLE QUI SE POSE.

Quoiqu’il arrive dans un futur immédiat, une brèche a été faite dans le mur de silence bâti sur quarante ans de misère accumulée. Chaque jour apporte de nouvelles attaques contre les travailleurs, tandis que le capitalisme mondial échappe à tout contrôle. Il n’a jamais été plus clair que la « normalité » capitaliste dépend de la passivité de ceux qu’elle écrase pour assurer sa propre survie, cette passivité qui, de la Tunisie et de l’Egypte, en passant par la Grèce et l’Espagne, jusqu’à NewYork, Oakland, Seattle et Portland, est révolue. La tâche aujourd’hui est de jeter toutes nos forces dans la batailles pour atteindre ce point de non retour où les conditions nous hurlent : « Nous avons une chance de changer le monde, prenons-là ! ».


http://insurgentnotes.com/

 

Par Blog de sheerk - Publié dans : Amérique du nord
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Jeudi 29 décembre 2011 4 29 /12 /Déc /2011 00:33

 

Une vidéo conférence lors de laquelle Anselme Jappe nous parle du concept de fétichisme de la marchandise chez Marx, il y fait aussi une critique des théories visant a donner une trop grande importance à l'aspect financier de la crise, négligeant de fait que la crise est bien plus profonde que ça et qu'il s'agit d'une crise de la valeur. La double nature de la marchandise y est aussi abordé 1)- valeur abstraite 2)- valeur concrète.

 

 

A voir/écouté sur ce lien :

 

  Séminaire - Anselm Jappe - Critique du néo-libéralisme ou critique de la société marchande   link

 

 

Par Blog de sheerk
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Mercredi 7 décembre 2011 3 07 /12 /Déc /2011 13:23

 

Extrait de “Organisation et parti”, article de C. Lefort dans Socialisme ou Barbarie N°26 (1958). Sous le pseudonyme de Montal, Claude Lefort avait été un des leaders de la tendance du P.C.I. qui devait scissionner pour former le groupe et la revue Socialisme ou Barbarie.

 

 

Le P.C.I., dans lequel j’avais milité jusqu’en 1948, ne participait en rien au système d’exploitation. Ses cadres ne tiraient aucun privilège de leur activité dans le parti [*].

On ne trouvait en son sein que des éléments animés d’une “bonne volonté révolutionnaire” évidente, et conscients du caractère contre-révolutionnaire des grandes organisations traditionnelles. Formellement une grande démocratie régnait. Les organismes dirigeants étaient régulièrement élus lors des assemblées générales; celles-ci étaient fréquentes, les camarades avaient toute liberté de se rassembler dans des tendances et de défendre leurs idées dans les réunions et les congrès (ils purent même s’exprimer dans des publications du parti). Pourtant le P.C.I. se comportait comme une micro-bureaucratie et nous apparaissait comme telle. Sans doute faisait-il place à des pratiques condamnables (truquage des mandats lors des congrès, manoeuvres effectuées par la majorité en place pour assurer au maximum la diffusion de ses idées et réduire celle des minoritaires, calomnies diverses pour discréditer l’adversaire, chantage à la destruction du parti chaque fois qu’un militant se trouvait en désaccord sur certains points importants du programme, culte de la personnalité de Trotsky, etc.).

Mais l’essentiel n’était pas là. Le P.C.I. se considérait comme le parti du prolétariat, sa direction irremplaçable; il jugeait la révolution à venir comme le simple accomplissement de son programme. A l’égard des luttes ouvrières, le point de vue de l’organisation prédominait absolument. En conséquence de quoi celles-ci étaient toujours interprétées selon ce critère: dans quelles conditions seront-elles favorables au renforcement du parti? S’étant identifié une fois pour toutes avec la Révolution mondiale, le parti était prêt à bien des manoeuvres pour peu qu’elles fussent utiles à son développement.

Bien qu’on ne puisse faire cette comparaison qu’avec beaucoup de précautions, car elle n’est valide que dans une certaine perspective, le P.C.I. comme le P.C. voyait dans le prolétariat une masse à diriger. Il prétendait seulement la bien diriger. Or cette relation que le parti entretenait avec les travailleurs – ou plutôt qu’il aurait souhaité entretenir, car en fait il ne dirigeait rien du tout – se retrouvait, transposée à l’intérieur de l’organisation entre l’appareil de direction et la base. La division entre dirigeants et simples militants était une norme. Les premiers attendaient des seconds qu’ils écoutent, qu’ils discutent des propositions, qu’ils votent, diffusent le journal et collent les affiches. Les seconds, persuadés qu’il fallait à la tête du parti des camarades compétents, faisaient ce qu’on attendait d’eux. La démocratie était fondée sur le principe de la ratification. Conséquence: de même que dans la lutte de classe, le point de vue de l’organisation prédominait, dans la lutte à l’intérieur du parti, le point de vue du contrôle de l’organisation était décisif. De même que la lutte révolutionnaire se confondait avec la lutte du parti, celle-ci se confondait avec la lutte menée par la bonne équipe. Le résultat était que les militants se déterminaient sur chaque question selon ce critère: le vote renforce-t-il ou au contraire ne risque-t-il pas d’affaiblir la bonne équipe? Ainsi chacun obéissant à un souci d’efficacité immédiate, la loi d’inertie régnait comme dans toute bureaucratie. Le trotskisme était une des formes du conservatisme idéologique.

La critique que je fais du trotskisme n’est pas d’ordre psychologique: elle est sociologique. Elle ne porte pas sur des conduites individuelles, elle concerne un modèle d’organisation sociale, dont le caractère bureaucratique est d’autant plus remarquable qu’il n’est pas déterminé directement par les conditions matérielles de l’exploitation. Sans doute ce modèle n’est-il qu’un sous-produit du modèle social dominant; la micro-bureaucratie trotskiste n’est pas l’expression d’une couche sociale, mais seulement l’écho au sein du mouvement ouvrier des bureaucratie régnantes à l’échelle de la société globale. Mais l’échec du trotskisme nous montre l’extraordinaire difficulté qu’il y a à échapper aux normes sociales dominantes, à instituer au niveau même de l’organisation révolutionnaire un mode de regroupement, de travail et d’action qui soient effectivement révolutionnaires et non pas marqués du sceau de l’esprit bourgeois ou bureaucratique.


Note de la BS:



[*] On ne pourrait évidemment plus dire cela aujourd’hui tant est évidente l’intégration à l’appareil syndical de FO pour le POI ou de la FSU pour la GU par exemple.

Par Blog de sheerk
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Mercredi 7 décembre 2011 3 07 /12 /Déc /2011 13:21

 

 

 

 

« Quelle est donc la conception de l'activité révolutionnaire que quelques camarades et moi-même avons été amenés à défendre. Elle découle de ce que des militants ne sont pas, ne peuvent, ni ne doivent être : une Direction. Ils sont une minorité d'éléments actifs, venant de couches sociales diverses, rassemblés en raison d'un accord idéologique profond, et qui s'emploient à aider les travailleurs dans leur lutte de classe, à contribuer au développement de cette lutte, à dissiper les mystifications entretenues par la classe et les bureaucraties dominantes, à propager l'idée que les travailleurs, s'ils veulent se défendre, seront mis en demeure de prendre eux-mêmes leurs sort entre leurs mains, de s'organiser eux-mêmes à l'échelle de la société et que c'est cela le socialisme.

Nous sommes convaincus que le rôle de ces éléments est essentiel ― du moins qu'il peut et doit le devenir. Les classes exploitées ne forment pas un tout indifférencié : nous le savons, et ce n'est pas les partisans d'une organisation centralisée qui nous l'ont appris. Elles contiennent des éléments plus ou moins actifs, plus ou moins conscients. De la capacité qu'auront les plus actifs à propager des idées et à soutenir des actions révolutionnaires dépend finalement l'avenir du mouvement ouvrier.

 

Mais parmi ces éléments actifs, certains ― et de loin les plus nombreux ― tendent à se rassembler au sein des entreprises, sans chercher d'abord à étendre leur action à une plus vaste échelle. Ceux-là trouvent spontanément la forme de leur travail : ils font un petit journal local, ou un bulletin, militent dans une opposition syndicale, ou composent un petit groupe de lutte. D'autres éprouvent le besoin d'élargir leurs horizons, de travailler avec des éléments qui appartiennent à des milieux professionnels et sociaux différents des leurs, d'accorder leur action avec une conception générale de la lutte sociale. Parmi ces derniers se trouvent nombreux ― il faut le reconnaître ― des camarades qui n'appartiennent pas à un milieu de production et qui ne peuvent donc se rassembler qu'en dehors des entreprises : leur culture constitue donc un apport essentiel au mouvement ouvrier, à condition qu'ils aient une juste représentation de leur rôle qui est de se subordonner à ce mouvement.

 

L'action de ces derniers éléments ne peut avoir d'autre objectif que de soutenir, d'amplifier, de clarifier celle que mènent les militants ou les groupes d'entreprises. Il s'agit d'apporter à ceux-ci des informations dont ils ne disposent pas, des connaissances qui ne peuvent être obtenues que par un travail collectif, mené hors des entreprises ; il s'agit de les mettre en contact les uns avec les autres, de faire communiquer leurs expériences séparées, des les aider à constituer peu à peu un véritable réseau d'avant-garde.

On peut définir plusieurs moyens qui permettraient dès aujourd'hui de s'orienter vers ces objectifs : par exemple la publication d'un journal. Mais on ne touchera jamais les travailleurs et on ne réussira jamais à les associer à l'entreprise d'un journal si on ne fait pas d'abord la preuve de son sérieux. Si les informations communiquées sont insuffisantes ou précaires, si les expériences mentionnées sont exceptionnelles, si les interprétations sont proposées sont hâtives, les généralisations sommaires, bâties à partir de faits singuliers et épars. En bref, si le journal est fabriqué par un groupe qui n'a que très peu de contact avec des militants d'entreprise, personne ne s'intéressera à ce travail. À un niveau plus modeste, il s'agit d'abord de convaincre des ouvriers, des employés, des petits groupes existant déjà que nous pouvons leur être utiles. Le meilleur moyen est de diffuser à leur intention (sous la forme d'un bulletin sans périodicité régulière) de courtes analyses portant sur la situation actuelle et des informations ― si elles ont été obtenues par des moyens hors de leur portée. Nous soulignerons que les journaux d'entreprise peuvent les publier ou les utiliser comme bon leur semble. Nous soulignerons encore que si notre travail les intéresse, celui-ci s'enrichira naturellement des informations et des critiques qu'ils nous communiqueront.

D'autre part, on peut mettre en train quelques analyses sérieuses, concernant le fonctionnement de notre propre société (sur les rapports de production, la bureaucratie en France ou la bureaucratie syndicale). On établirait ainsi une collaboration avec des militants d'entreprise de façon à poser en termes concrets (par les enquêtes sur leur expérience de vie et de travail) le problème de la gestion ouvrière.

 

De telles tâches peuvent paraître modestes. En fait, bien menées, elles exigeront un travail considérable. L'important est qu'elles soient à la mesure des minorités d'avant-garde et qu'elles permettent d'envisager un développement progressif, c'est-à-dire un développement tel qu'à chaque niveau de réalisation corresponde une extension possible du travail.

En définissant ces objectifs et ces moyens, on définit en même temps les formes d'organisation qui leur correspondent et qui reposent d'abord sur le rejet de la centralisation. L'organisation qui convient à des militants révolutionnaire est nécessairement souple : ce n'est pas un grand parti, dirigeant à partir d'organes centraux l'activité d'un réseau de militants. Ce qui ne peut aboutir qu'à faire de la classe ouvrière un instrument ou à la rejeter dans l'indifférence, voire l'hostilité à l'égard du parti prétend la représenter.

Le mouvement ouvrier ne se frayera une voie révolutionnaire qu'en rompant avec la mythologie du parti, pour chercher ses formes d'action dans des noyaux multiples de militants organisant librement leur activité et assurant par leurs contacts, leurs informations, et leurs liaisons non seulement la confrontation mais aussi l'unité des expériences ouvrières. »

Claude Lefort, 1958.

Par Blog de sheerk
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Dimanche 30 octobre 2011 7 30 /10 /Oct /2011 08:37

Bien que je n'aime pas le foot, j'apprécie ce clip ! Big up aux ultras luttant contre l'extrême droite dans les stades.

 

 


 
Par Blog de sheerk - Publié dans : Musique
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Samedi 22 octobre 2011 6 22 /10 /Oct /2011 23:34

 

Une situation radicale est un réveil collectif (…) Dans de telles situations, les gens s’ouvrent à de nouvelles perspectives, remettent en question leurs opinions, et commencent à y voir clair dans les escroqueries habituelles. (…) Les gens apprennent plus de choses sur la société en une semaine que pendant des années passées à étudier les “sciences sociales” à l’université ou à se faire endoctriner par des campagnes à répétition de “sensibilisation” progressiste. (...) Tout semble possible, et beaucoup de choses le deviennent effectivement. Les gens n’arrivent pas à croire qu’ils ont tant supporté auparavant, “en ce temps-là”. (…) La consommation passive est remplacée par la communication active. Des étrangers entrent en conversation animée dans la rue. Les débats ne s’arrêtent jamais, des nouveaux venus remplaçant continuellement ceux qui partent pour se livrer à d’autres activités ou pour essayer de prendre un peu de sommeil, bien qu’ils soient généralement trop excités pour dormir longtemps. Tandis que certains succombent aux démagogues, d’autres commencent à faire leurs propres propositions ou à prendre leurs propres initiatives. Des spectateurs sont attirés dans le tourbillon et connaissent des transformations d’une rapidité étonnante. (…) Les situations radicales sont ces moments rares où le changement qualitatif devient vraiment possible. Bien loin d’être anormales, elles laissent voir à quel point nous sommes, la plupart du temps, anormalement refoulés. À la lumière de celles-ci, notre vie “normale” ressemble au somnambulisme.

—Ken Knabb, La joie de la révolution

 

Le mouvement des “occupations” qui se répand à travers le pays depuis quatre semaines est d’ores et déjà l’explosion radicale la plus significative en Amérique depuis les années 60. Et il ne fait que commencer.

Cela a démarré le 17 septembre lorsque plus de 2000 personnes se sont rassemblées à New York pour “occuper Wall Street” afin de protester contre la domination toujours plus évidente d’une élite économique ultra-minoritaire sur les 99% de la population. Les participants occupèrent un parc près de Wall Street (rebaptisé Place de la Liberté en guise de salut envers l’occupation de la Place Tahrir en Egypte) et formèrent une assemblée générale qui fut reconduite chaque jour suivant. Bien qu’au départ totalement ignorée par les principaux médias, cette action inspira rapidement des mouvements d’occupation similaires dans des centaines de villes à travers le pays et d’autres dans le monde entier.

La classe dominante ne sachant pas d’où venaient les coups qui la frappaient s’est mise immédiatement sur la défensive tandis que les medias serviles tentaient de déprécier le mouvement en lui reprochant de ne pas avoir de revendications précises et d’être incapable de formuler un programme. Les participants ont bien sûr exprimé de nombreux griefs, assez évidents pour qui a prêté un peu d’attention à ce qui se passe dans le monde. Mais ils ont sagement évité de se limiter à une ou quelques revendications précises, parce qu’il est devenu de plus en plus évident que chaque aspect du système pose problème et que tous ces problèmes sont liés. Au contraire, reconnaissant que la participation populaire est le moyen essentiel pour parvenir à une solution réelle, l’assemblée de New York a émis une proposition d’une simplicité désarmante quoiqu’éminemment subversive, incitant les peuples du monde à “exercer votre droit de vous assembler pacifiquement; occuper l’espace public; créer un processus pour aborder les problèmes qui se posent et faire naître des solutions accessibles à tous. (...) Rejoignez nous et faites vous entendre!”

Ce mouvement laisse tout aussi désemparés tous les “radicaux” doctrinaires qui restent à distance, prédisant frileusement qu’il sera récupéré ou lui reprochant de ne pas avoir adopté d’emblée les positions les plus radicales. Ils devraient pourtant savoir que la dynamique des mouvements sociaux est bien plus importante que leurs positions idéologiques affirmées. Les révolutions sont nées de processus complexes de débats sociaux et d’interactions qui atteignent une masse critique et déclenchent une réaction en chaîne — processus fort semblables à ce que nous vivons en ce moment. Le slogan des 99% n’est peut être pas une “analyse de classe” très précise, mais c’est une approximation suffisante pour commencer; une excellente manière pour couper court à tout le jargon sociologique traditionnel et souligner le fait qu’une vaste majorité de gens est asservie à un système régit par et pour une petite minorité dominante. Et il cible justement les institutions économiques plutôt que les politiciens qui n’en sont que les laquais. Les griefs innombrables ne constituent peut-être pas un programme cohérent mais, pris dans leur ensemble, ils impliquent la nécessité d’une transformation fondamentale du système. La nature de cette transformation se clarifiera à mesure que la lutte se développera. Si ce mouvement finit par contraindre le système à adopter quelques réformes importantes — dans un esprit de “New Deal” — ce sera toujours ça de pris, et cela créera les conditions permettant de pousser les choses plus avant, plus facilement. Et si le système se montre incapable de produire de telles réformes, cela forcera les gens à chercher des alternatives plus radicales.

Quant à la “récupération”, il y aura évidemment de nombreuses tentatives de manipuler ce mouvement ou d’en prendre les rênes. Mais je ne pense pas qu’elles y parviennent facilement. Dès le début, ce mouvement des occupations à été résolument participatif et anti-hiérarchique. Les décisions des assemblées générales sont prises de manière scrupuleusement démocratique, le plus souvent par consensus. Un procédé qui peut parfois être pesant mais qui a le mérite de rendre les manipulations presque impossibles. En fait, la vraie menace est tout autre: L’exemple de la démocratie directe menace toutes les hiérarchies et divisions sociales y compris celles qui existent entre les travailleurs et les bureaucraties syndicales, entre les chefferies politiques et leurs adhérents. C’est pourquoi tant de politiciens et de bureaucrates syndicaux essaient de prendre le train en marche. C’est une preuve de notre force et non de notre faiblesse. (C’est lorsque nous nous laissons couillonner à monter dans leurs wagons que la récupération réussit).

Les assemblées peuvent, bien sûr, admettre de collaborer avec tel ou tel groupe politique pour une manifestation ou avec tel syndicat pour une grève, mais la plupart prennent soin que la distinction reste claire, et presque toutes se sont franchement tenues à distance des deux principaux partis.

Bien que ce mouvement soit éclectique et ouvert à tous, on peut dire sans risque d’erreur que son esprit est très fortement anti-autoritaire, tirant son inspiration non seulement des récents mouvements populaires d’Argentine, Tunisie, Egypte, Grèce, Espagne et autres pays, mais aussi des théories et tactiques anarchistes et situationnistes. Comme l’éditeur d’ “Adbusters” [Casseurs de pub] (un des groupes qui ont contribué à déclencher le mouvement) le fait remarquer:

“Nous ne sommes pas inspirés seulement par le récent printemps arabe. Nous avons étudié le mouvement situationniste. Ce sont les gens qui ont fait naître ce que beaucoup considèrent comme la première révolution globale, en 1968, quand le soulèvement de Paris inspira des insurrections dans le monde entier. Soudain les universités et les villes explosaient. C’était dû à un petit groupe de gens, les situationnistes, qui furent comme la colonne vertébrale philosophique du mouvement. Un des personnages clé était Guy Debord qui a écrit La société du spectacle. L’idée était que si vous avez un “meme” assez puissant — autrement dit, une idée assez forte — et que le moment est mûr, ça suffit à déclencher une révolution. C’est de ce mouvement que nous sommes issus.”

De fait, la révolte de mai 68 en France fut aussi un “mouvement des occupations”. L’un de ses aspects les plus remarquables fut l’occupation de la Sorbonne et de nombreux autres bâtiments publics, qui inspirèrent l’occupation des usines dans tout le pays par plus de dix millions de grévistes. (Inutile de dire que nous sommes encore très loin de cela, qui ne pourrait se produire que si les travailleurs américains échappaient à la tutelle de leurs bureaucraties syndicales et menaient une action collective de leur propre chef, comme cela se passa en France.)

Alors que le mouvement se répand dans des centaines de villes, il est important de noter que chaque nouvelle occupation et assemblée reste totalement autonome. Bien qu’inspirées par l’occupation de Wall Street, elles ont toutes été créées par des gens dans leurs propres communautés. Aucune personne ou groupe extérieur n’a de contrôle sur ces assemblées. Ce qui est bien ainsi. Lorsque les assemblées locales sentiront la nécessité pratique de se coordonner, elles le feront. En attendant, la prolifération de groupes et d’actions autonomes est plus saine et plus fructueuse que cette “unité” ordonnée d’en haut à laquelle nous appellent sans relâche les bureaucrates. Plus saine, parce qu’elle rend la répression plus difficile: si l’occupation dans une ville est écrasée (ou récupérée) le mouvement sera toujours vivant dans des centaines d’autres. Plus fructueuse, parce que cette diversité permet l’expérience et la comparaison d’un plus grand nombre d’idées et de tactiques.

Chaque assemblée a son propre mode de fonctionnement. Certaines pratiquent le consensus, d’autres le vote majoritaire, d’autres encore une combinaison des deux (par exemple: une pratique du “consensus modifié” qui ne requiert que 90% d’accord). Certaines restent strictement respectueuses de la loi, d’autres s’engagent dans diverses sortes de désobéissance civile. Elles créent différents comités ou groupes de travail pour s’occuper de questions précises, et diverses méthodes pour s’assurer de la loyauté des délégués et porte-paroles. Elles décident de la manière de se comporter avec les medias, la police et les provocateurs, et de la façon de se comporter avec d’autres groupes. Bien des modes d’organisation sont possibles; l’essentiel c’est que les choses restent transparentes, démocratiques et participatives, et que toute tendance à la hiérarchisation ou à la manipulation soit immédiatement démasquée et rejetée.

Un autre aspect intéressant de ce mouvement est que, en contraste avec de précédents mouvements radicaux qui consistaient en une réunion pour une action un jour précis puis se dispersaient, les occupations actuelles s’installent en permanence. Elles s’installent dans le long terme, pour avoir le temps de laisser pousser des racines et expérimenter toutes sortes de possibilités.

Il faut y participer pour comprendre ce qui s’y passe. Tout le monde ne peut pas passer des nuits à occuper des lieux, mais presque tous peuvent prendre part aux assemblées. Sur le site Occupy Together on peut se renseigner sur les occupations en cours et celles qui sont programmées dans plus de mille villes aux USA et plusieurs centaines dans le monde.

Les occupations rassemblent toutes sortes de gens venant de milieux très différents. Cela peut être une expérience nouvelle et possiblement déstabilisante pour certains, mais il est impressionnant de voir à quel point les barrières tombent lorsqu’on travaille en commun à un projet collectif passionant. Les méthodes du consensus peuvent, au début, sembler fastidieuses, en particulier si l’assemblée utilise la technique du “micro populaire” (où l’assemblée répète à voix haute chaque phrase de celui qui parle afin que tous puissent entendre). Mais elles ont l’avantage d’encourager les gens à parler brièvement et ne pas s’éloigner du sujet, et après un petit moment, on prend le rythme et on commence à apprécier le fait que chacun se concentre sur chaque phrase et que chacun ait une chance de s’exprimer et voir ses préoccupations trouver une écoute respectueuse chez les autres.

Au fil de ce processus, on commence à goûter une nouvelle vie; la vie que nous pourrions avoir si nous n’étions pas coincés dans un système social aussi absurde qu’anachronique. Tant de choses se passent, si vite, qu’on trouve à peine les mots pour le dire. Ce qu’on ressent, c’est: “Je n’arrive pas à y croire! Finalement, ça y est — ou au moins ça pourrait y être — ce que nous attendions depuis si longtemps, le réveil humain dont nous rêvions mais dont nous doutions qu’il se produise de notre vivant.” Maintenant c’est là et je sais que je ne suis pas le seul à verser des larmes de joie. Une femme prenant la parole dans la première assemblée d’Oakland dit: “Je suis venue ici aujourd’hui, non seulement pour changer le monde, mais pour me changer moi-même”. Je pense que chacun des présents comprit ce qu’elle voulait dire. Dans ce splendide nouveau monde, nous sommes tous des débutants. Nous allons tous faire des tas d’erreurs. Il faut bien s’y attendre. Mais ça ne fait rien. Oui, c’est nouveau pour nous. Mais dans ces conditions nous apprendrons vite.

À la même assemblée quelqu’un brandissait un écriteau qui disait: “Il y a plus de raisons d’être enthousiaste que d’avoir peur”.

 

 

Source : http://www.bopsecrets.org/French/awakening.htm 

 

Par Blog de sheerk
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Samedi 1 octobre 2011 6 01 /10 /Oct /2011 19:05

 

La militante de l’Organisation pour la liberté des femmes en Irak (OWFI) Aya Al Lamie, âgée de 20 ans, a été enlevée place Tahrir et torturée.

Bien que le nombre de manifestants ait diminué dans les manifestations de la place Tahrir, Aya Al Lamie a insisté pour rejoindre les cortèges chaque vendredi des derniers mois. Elle a insisté pour que l’on puisse mettre un visage de femme sur les manifestations de la place Tahrir et a collaboré avec tous les groupes organisés sur la place.

Le vendredi 30 septembre 2011, vers la fin de la manifestation, un groupe d’hommes de la sécurité habillés en civil l’ont entourée, prise et jetée dans le coffre d’une voiture qu’ils avaient garé près de la place, dans ce qui ressemble à un enlèvement par la mafia sectaire, sous les yeux de la police et l’armée, ce qui est devenu une pratique courante ces derniers mois place Tahrir.

Aya, âgée de 20 ans, s’est retrouvée dans une installation de sécurité à Jadiriyah-Bagdad où elle a été battue par plusieurs tortionnaires à l’aide de bâtons et a eu le dos et les bras fouettés par des câbles.

Elle a été libérée à 17h00 après s’être entendu dire : « C’est un premier avertissement"

Les voyous de Maliki prouvent à nouveau qu’ils sont les ennemis des femmes. Ils persistent dans l’instauration d’un régime despotique en Irak avec la bénédiction des forces d’occupation.

S’il n’y avait pas eu l’occupation, les gens d’Irak aurait évincé Saddam à travers les luttes de la place Tahrir. Néanmoins, les troupes américaines valident et protègent les nouveaux Saddamistes de la soi-disante démocratie qui répriment toute dissidence par les arrestations et la torture.

Le gouvernement américain et CNN bénissent les soulèvements de Libye et de Syrie, tout en ignorant les luttes irakiennes, ayant dit au monde entier que nous prospérerions dans leur démocratie. Les images de 100 000 insurgés irakiens le 25 février dernier font toujours écho dans nos esprits. Des jeunes comme Aya mènent ces manifestations, et peuvent encore amener un soulèvement final et l’éviction d’un gouvernement corrompu et oppressif et d’une occupation interminable.

 

Yanar Mohammed

 

présidente de l’OWFI

 

Solidarité Irak

Par Blog de sheerk
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Mercredi 21 septembre 2011 3 21 /09 /Sep /2011 09:04

 

 

1. Le sous-fas­cisme est une cour des mira­cles poli­cière située aux avant-postes de la réaction ins­ti­tu­tion­na­lisée. Il est une gros­sière mise en scène spec­ta­cliste où s’agi­tent les méd­iocres imi­ta­teurs de figu­res réacti­onn­aires périmées. C’est un succédané fal­si­fiant une fal­si­fi­ca­tion dépassée et qui, dès lors, se heurte aux limi­tes du com­mu­ni­ca­ble.

Sa fonc­tion objec­tive réside dans un qua­drillage mental des prolét­aires les plus exposés aux méfaits du capi­ta­lisme. Son but est d’occu­per les cer­veaux ruinés d’exploités livrés au paroxysme de la sépa­ration achevée et de trans­for­mer ces pau­vres têtes en cita­del­les moyenâgeuses. Il est la matrice d’agents kami­ka­zes qui, pour cou­vrir l’évid­ence du nau­frage géné­ralisé, sont chargés de vider, en d’impré­cises mitrailles, leurs muni­tions men­songères de faible cali­bre. Car, à l’heure où plus rien ne peut éch­apper à la dév­as­tation capi­ta­liste et où tous les pans de la réalité sont des dégâts en deve­nir, la fausse cons­cience bour­geoise se déc­ouvre aussi préc­aire que l’uni­vers qu’elle mar­ty­rise.

Bientôt entiè­rement privée des procédés qui lui assu­raient une emprise idéo­lo­gique quasi totale, ajus­ta­ble et éval­uable, sur la rév­olte prolé­tari­enne (la fas­ci­na­tion mar­chande et la tech­no­lo­gie répr­es­sive, mai­gres sup­plét­ifs des orga­ni­sa­tions de masse, voient leur effi­cience tou­jours plus affai­blie dans l’agonie capi­ta­liste), la classe domi­nante se sent encore épiée par le spec­tre com­mu­niste tout en étant dés­ormais inca­pa­ble de le dis­cer­ner. Plus la bour­geoi­sie se déli­tera, plus son affo­le­ment la pous­sera à frap­per dans tous les sens, car de n’importe où pourra surgir la sub­ver­sion qui l’englou­tira. Le présent confu­sion­nisme pul­lu­lant est le pro­lon­ge­ment publi­ci­taire de cet éga­rement, rés­ultat d’une impo­tence poli­ti­que insur­mon­ta­ble et d’une épouv­ante gran­dis­sante dont souf­fre le cer­veau bour­geois.

Le sous-fas­cisme, ver­sion ouver­te­ment conta­mi­na­trice de cette hystérie chao­ti­que, vise donc à alour­dir le poids du men­songe accro­ché au bras armé de l’opprimé afin d’éviter qu’il ne se tende vers les som­mets du pou­voir de classe. Il doit amener le pauvre à appuyer sur la gâchette du pis­to­let braqué contre sa propre tempe, alors que plus aucun gilet pare-balles ne protège l’élite. Il est la der­nière mou­ture fra­gile d’une longue et sinis­tre série de trai­te­ments prév­ent­ifs de l’ennemi prolé­tarien, consis­tant à retour­ner toute velléité sub­ver­sive contre elle-même. C’est le pro­longe-ment, sur le ter­rain acci­denté du dis­cours sub­ver­sif, de la prés­ente reconquête bour­geoise sur la valeur de la force de tra­vail. Il est la ten­ta­tive hau­taine de ral­lier les déshérités à l’heure où toute représ­en­tation de leurs intérêts pro­pres s’est irré­méd­iab­lement dis­créditée à force de s’être dressée contre eux.

 

2. Le sous-fas­cisme parie sur les réc­entes déc­ennies d’abru­tis­se­ment des masses, dont il n’est que l’une des diver­ses varian­tes de conforme conti­nuité. Il est la face enragée de la pour­suite volon­ta­riste, parce que désespérée, d’un projet anthro­po­lo­gi­que raté, par lequel la mar­chan­dise tota­li­taire devait balayer toute trace d’intel­li­gence prolé­tari­enne. A l’instar de ses maîtres, il ne croit voir que la réalité qu’il montre et se trompe plus qu’il ne par­vient à cir­conve­nir, d’autant que quel­ques crétins savent réc­onf­orter ses ambi­tions par leur incu­ra­ble cré­dulité.

 

3. Contrairement au fas­cisme qui avait fait de la diver­sité socio­lo­gi­que de ses trou­pes une armée déployée dans toutes les stra­tes de la société, et ce, grâce à une mys­ti­que que des modes de pro­pa­gande inédits dou­blés d’une effi­cace stratégie mili­taire de ter­reur sociale avaient su chan­ger en fer­veur popu­laire, l’aréo­page sous-fas­ciste ne sau­rait même pas être un mou­ve­ment. Son hétérogénéité est un reflet accen­tué des der­niers bou­le­ver­se­ments de la poli­ti­que d’Etat. A l’image de l’actuel parti unique qui, de droite à gauche, efface les vieilles oppo­si­tions spec­ta­cu­lai­res sous une seule ligne de gou­ver­ne­ment, le sous-fas­cisme trans­gresse les cli­va­ges poli­ti­ques jusque-là en vigueur. C’est que son des­sein d’usur­per le plus large panel des expres­sions de la colère prolé­tari­enne le contraint à un écl­ect­isme théo­rique, non exempt de lour­des contra­dic­tions, un éparpil­lement orga­ni­sa­tion­nel dénué de com­man­de­ment cen­tra­lisé, qui l’empêchent d’accéder à la cohésion qu’exige la struc­tu­ra­tion d’un cou­rant, somme toute quand celui-ci prétend s’oppo­ser à l’ordre domi­nant. L’auto-désignée « dis­si­dence » sous-fas­ciste n’est donc qu’une mou­vance. Sa seule véri­table unité lui est assi­gnée d’en haut et tient de son rôle bifide d’accé­lé­rateur de la déc­om­po­sition sociale et d’escorte à la poli­ti­que ins­ti­tu­tion­na­lisée de des­truc­tion des droits ouvriers et démoc­ra­tiques.

 

4. Parce qu’il a éclos dans ce cime­tière de l’ère des masses qu’est la société spec­ta­cu­laire mar­chande, le sous-fas­cisme ne sau­rait cor­res­pon­dre à une rés­urg­ence du fas­cisme. Il est plutôt une sorte d’holo­gramme poli­ti­que du fas­cisme, qui se déc­om­pose et se recom­pose en per­ma­nence. Ses agen­ces de dif­fu­sion sont donc incom­pa­ra­bles avec les vieilles orga­ni­sa­tions d’extrême droite ou les caser­nes sta­li­nien­nes d’antan :

– Leurs moyens sont prin­ci­pa­le­ment méd­ia­tiques et tra­his­sent une capa­cité d’enré­gim­en­tement rela­ti­ve­ment faible. Ces struc­tu­res sont plutôt sou­ples et peu exi­gean­tes avec leurs mem­bres, moins portés à l’action séditi­euse, au sacri­fice, qu’au coup d’éclat.

– Reflet de la déc­om­po­sition sociale sous les effets du tota­li­ta­risme mar­chand, leurs dis­cours sont lourds d’incohér­ences, de contra­dic­tions et intel­lec­tuel­le­ment peu consis­tants (un cha­ra­bia pauvre com­paré à l’intel­lec­tua­lisme des vieilles élites fas­cis­tes, par exem­ple).

– Leur but réel (accom­pa­gner le pou­voir et non le pren­dre) dis­si­mulé sous une com­mu­ni­ca­tion intem­pes­tive et braillarde se situe très en deçà des des­seins réalisés par les fas­cis­mes dans tous les domai­nes (com­man­der l’Etat, écraser mili­tai­re­ment et éco­no­miq­uement le prolé­tariat, sou­met­tre toute acti­vité humaine au diktat de la ter­reur idéo­lo­gique).

 

5. Comme le fas­cisme ne peut plus réap­paraître, le sous-fas­cisme n’est qu’une appa­rence décrépie du fas­cisme. Faute d’incar­ner la réno­vation inespérée de l’extrême droite ou de donner l’élect­rochoc à une extrême gauche en débâcle, il se résume à un pané­gy­rique des plus ardents conser­va­tis­mes (reli­gieux, patriar­caux, moraux, hiér­arc­hiques, racis­tes, eth­ni­ques, natio­na­lis­tes, antisé­mites, xénop­hobes). C’est un amas de cari­ca­tu­raux gui­gnols dont la force de rai­son­ne­ment se limite au rabâchage théâtral de truis­mes réacti­onn­aires fos­si­lisés. En guise d’assise idéo­lo­gique, il s’arrange d’un amal­game confus de stig­ma­tes, d’auto­ma­tis­mes et de simu­la­cres ins­pirés des systèmes d’oppres­sion archaïques et de leurs per­son­na­ges célèbres. Sa filia­tion avec le fas­cisme s’arrête donc à cet exer­cice cons­tant de sin­ge­rie, qui laisse trans­pa­raître de vul­gai­res trames poli­ti­ques.

Il n’est donc pas anodin que ses mas­cot­tes les plus connues soient de purs pro­duits de l’indus­trie spec­ta­cu­laire, tels que Marine Le Pen, Dieudonné M’bala M’bala, Alain Bonnet de Soral ou encore Houria Bouteldja, les­quels sont natu­rel­le­ment rodés à s’ava­chir dans les canapés télé­visuels qui, doré­navant, ser­vent de confor­ta­bles estra­des à leurs impré­cations sur­voltées. Quant aux moins chan­ceux fabri­qués dans le grand bazar du net, ils leur arri­vent d’essayer de s’extir­per de la mél­asse en sur­jouant. Ainsi ce clown épil­ep­tique, Stelio Capo Chichi, dit « Kémi Séba », qui n’en finit pas de bara­goui­ner sous sa pano­plie délavée de clone de Malcolm X. De même, ce hoo­li­gan des comp­toirs, des stades de foot et des défilés mémoriels, Serge Ayoub, dit « Batskin », que l’obs­ti­na­tion vieillis­sante à jouer le nazillon gonflé aux hor­mo­nes a hissé au petit podium ins­tallé au centre de la dés­er­tique ultra-droite, où ses représ­en­tations mus­so­li­nien­nes se dém­arquent humo­ris­ti­que­ment de la nul­lité ambiante.

 

6. Ainsi, le sous-fas­cisme emprunte au fas­cisme le lit de sa fonc­tion, puis­que tels les doc­tri­nai­res bruns, il tâche de chan­ger les rava­ges uni­ver­sels de la domi­na­tion bour­geoise en sour­ces d’exal­ta­tion des réflexes des­truc­teurs, obs­cu­ran­tis­tes et irra­tion­nels des masses.

Il pioche éga­lement dans la tra­di­tion fas­ciste puisqu’il se réc­lame d’un héri­tage très élas­tique de pous­siér­euses orga­ni­sa­tions et thèses auto­ri­tai­res recra­chées par l’Histoire. C’est d’ailleurs l’une des rares sin­gu­la­rités du sous-fas­cisme que de com­po­ser un dév­ersoir revan­chard ouvert à tous les résidus de recet­tes veni­meu­ses concoctées par l’hor­reur réacti­onn­aire. Il est donc une sorte de déch­arge poli­ti­que ; un ter­mi­nus tin­tam­ma­res­que où s’échouent les cada­vres téléguidés de mys­ti­fi­ca­tions répr­es­sives qui, dévêtus de leurs vieux cos­tu­mes d’enne­mis res­pec­tifs, révèlent crûment leur par­faite asso­nance. Dans ce chaos, les gaz échappés des corps en putréf­action de l’extrême gauche se mél­angent aux efflu­ves expulsés de la mori­bonde extrême droite et for­ment des com­bi­nai­sons aussi inat­ten­dues que noci­ves au prolé­tariat. Ici, le mul­ti­cultu­ra­lisme dém­ontre com­bien sa tolér­ance post-moder­niste se marie par­fai­te­ment avec la haine com­mu­nau­ta­riste. Là, des gar­diens de goulag man­qués s’achar­nent à pro­pa­ger la lèpre du fon­da­men­ta­lisme reli­gieux. Là encore, des nos­tal­gi­ques du Troisième Reich s’ingénient à sou­te­nir l’éman­ci­pation d’impro­ba­bles indigènes néo-colo­nisés.

Le sous-fas­cisme plagie donc l’un des res­sorts de la stratégie de séd­uction fas­ciste, celui qui consis­tait à avan­cer des chefs, des thé­ma­tiques et des concepts puisés dans le mou­ve­ment ouvrier. Comme à l’époque, ce confu­sion­nisme vise à briser les repères poli­ti­ques du prolé­tariat sans les­quels les soli­da­rités de classe, l’iden­ti­fi­ca­tion de l’ennemi social et la mét­hode de lutte révo­luti­onn­aire ne peu­vent émerger et se conso­li­der. Par ce brouillage idéo­lo­gique, la bour­geoi­sie, cachée der­rière des mario­les déguisés en opprimés, cher­che à dévier la classe labo­rieuse du chemin tor­tueux que celle-ci se fraye vers sa cons­cience pour soi.

L’extrême droite his­to­ri­que (franç­aise et étrangère) est le noyau irra­diant du sous-fas­cisme mais son déplo­iement ne pour­rait être pos­si­ble sans ses relais à l’extrême gauche. Aussi, le sous-fas­cisme est-il aussi mesu­ra­ble par son degré de per­fo­ra­tion (théo­rique et/ou orga­ni­que) à l’extrême gauche.

Ainsi, nombre de com­po­san­tes du sous-fas­cisme pro­vien­nent du camp d’en face. Ses ani­ma­teurs vedet­tes sont sou­vent des trans­fu­ges plus ou moins affirmés. Les pre­miers sont d’anciens éléments absorbés ou satel­li­tes des appa­reils sociaux-démoc­rates, sta­li­niens et trots­kis­tes, passés ou non par l’extrême droite clas­si­que, et qui ont noué des accoin­tan­ces avec celle-ci. Ce sont éga­lement des indi­vi­dus ou grou­pes d’extrême droite (racis­tes, cultu­rels et/ou reli­gieux) qui, en vue de la chan­ger en cage iden­ti­taire, s’appro­prient la sym­bo­li­que vic­ti­maire des exploités et autres popu­la­tions persécutées ou colo­nisées dans l’Histoire, conservée jusqu’à présent au patri­moine de la gauche uni­ver­sa­liste. Cette caté­gorie mêle, par exem­ple, les fan­fa­rons d’Egalité et Réconciliation et leur « Droite du Travail, Gauche des valeurs ! » avec les ethno-différ­ent­ial­istes noirs du Mouvement des Damnés de l’Impérialisme. Là pourra bientôt figu­rer le nou­veau Parti de la famille Le Pen (encore dénommé Front National) aux numéros de piste recom­posés d’hasar­deu­ses figu­res laïques, fémin­istes, « anti­ca­pi­ta­lis­tes ». S’y posi­tion­nent les ex-trots­kys­tes et autres chevè­nem­ent­istes facho-com­pa­ti­bles de Riposte laïque qui vont jusqu’à occu­per le créneau de la déf­ense de la laïcité pour mieux l’infec­ter d’insa­nités natio­na­lis­tes et xénop­hobes. On y trouve aussi l’intégr­iste for­tuné Tariq Ramadan et ses frères musul­mans qui prét­endent déf­endre les pau­vres et isla­mi­ser le socia­lisme. C’est là encore que leurs adver­sai­res du Betar et de la Ligue de Défense Juive jus­ti­fient le com­mu­nau­ta­risme sio­niste par la lutte contre l’antisé­mit­isme.

Les seconds mili­tent au sein de la gauche et de l’extrême gauche pour y tordre la rhé­to­rique socia­liste vers des prises de posi­tions ouver­te­ment rét­rog­rades. Ici, on s’atta­che à marxi­ser l’isla­misme ou la chrétienté et on donne des excu­ses géo­po­li­tiques à l’antisé­mit­isme, comme les admi­ra­teurs de l’héroïsme du Hezbollah encartés au Nouveau Parti Anticapitaliste ou à l’Organisation com­mu­niste liber­taire. On s’insurge contre l’« isla­mo­pho­bie », censée être le nou­veau visage de la xénop­hobie, au nom de la lutte contre le « néoli­bér­alisme », à l’instar de l’« alter­mon­dia­liste » José Bové. On macère dans le poison chau­vi­niste, écrasant ainsi les ensei­gne­ments élém­ent­aires du « Vieux », tel qu’il est de cou­tume au Parti Ouvrier Indépendant .

 

7. La prin­ci­pale com­po­sante de l’extrême droite franç­aise, le Front National, prés­ente quant à elle la sin­gu­la­rité de s’être développée à l’heure de l’hém­or­ragie mili­tante des vieux partis de masse. Toutefois, le caractère prin­ci­pa­le­ment méd­ia­tique de sa matrice ren­sei­gne sur la nature spec­ta­cu­laire de cette orga­ni­sa­tion, dont les coups d’éclat se résument à ses rés­ultats élec­toraux, les pro­vo­ca­tions télévisées de ses cadres, ou les faits divers commis de temps en temps par sa piétaille. En tant qu’arti­fice fabri­qué par la bour­geoi­sie et inca­pa­ble de tra­duire sa dimen­sion spec­ta­cu­laire en vaste implan­ta­tion poli­ti­que au sein des masses, le FN a été un proto sous-fas­cisme.

Mais sa cohésion poli­ti­que fixée sur un chef cha­ris­ma­ti­que, ses référ­ences à l’unique patri­moine doc­tri­nal natio­na­liste, son objec­tif de prise du pou­voir par des moyens ins­ti­tu­tion­nels autour d’un pro­gramme de gou­ver­ne­ment qui réuss­issait pénib­lement à se dém­arquer des posi­tions de la droite clas­si­que ont fait, jusque réc­emment, que cette orga­ni­sa­tion n’était pas sous-fas­ciste, encore moins fas­ciste, mais fas­ci­sante.

Jadis acces­soire manié par la gauche mit­ter­ran­dienne, son rôle s’est peu à peu orienté vers deux objec­tifs com­plém­ent­aires : servir de labo­ra­toire idéo­lo­gique à la réaction d’Etat en lui four­nis­sant une pseudo-légi­ti­mation tirée d’une prét­endue assise popu­laire, cana­li­ser la pro­tes­ta­tion prolé­tari­enne gran­dis­sante vers des modes d’expres­sion inof­fen­sifs. En quel­ques années, cette double fonc­tion du FN a rendu cadu­que sa mis­sion ini­tiale : la clique sar­ko­zienne aux com­man­des a eu de moins en moins besoin de se tour­ner vers ce parti puisqu’elle a appli­qué la quasi-intég­ralité de ses pro­po­si­tions. Quant à l’élec­torat popu­laire, il a tendu à déla­isser cette for­ma­tion, l’iden­ti­fiant clai­re­ment comme un appen­dice du Pouvoir pour lui pré­férer l’abs­ten­tion­nisme.

A l’instar de ses homo­lo­gues alle­mands, autri­chiens, belges, hol­lan­dais, ita­liens, norvégiens, le parti lepén­iste est donc une ébauche ina­bou­tie d’alter­na­tive réacti­onn­aire, dont le poids poli­ti­que varie au rythme des confir­ma­tions éta­tiques plus ou moins fidèles de ses vues pro­gram­ma­ti­ques.. L’appa­rent anti­confor­misme, l’auto­pro­clamé « poli­ti­que­ment incor­rect », de cet état-major de pro­vince de la réaction ins­ti­tu­tion­nelle tient à sa voca­tion de rester cir­cons­crit aux marges de la gou­ver­nance moderne, forme per­fec­tionnée de la ges­tion du spec­ta­cu­laire mar­chand, dont il est un auxi­liaire dyna­mi­sant.

Mais, doré­navant en proie à une considé­rable déf­ection mili­tante, à de graves remous inter­nes, fac­teurs de dés­ertion de ses appa­rat­chiks, à de lour­des dif­fi­cultés finan­cières, le cadavé­rique Front National ne doit son salut qu’à un énorme bat­tage méd­ia­tique qui non seu­le­ment lui tient la tête hors de l’eau mais le cou­ronne des pos­si­bles apti­tu­des à gou­ver­ner. C’est que, haï par les masses, contre les­quel­les il s’est ingénié à inten­si­fier son sadisme, le parti de la réaction ins­ti­tu­tion­nelle n’a pour­tant pas détruit les fon­de­ments démoc­ra­tiques au point de ne plus être obligé de sol­li­ci­ter pér­io­diq­uement les exploités lors des mas­ca­ra­des élec­to­rales. Cette situa­tion, qui le contraint donc à deman­der l’aval de ses vic­ti­mes, l’inci­tera encore à recou­rir pér­io­diq­uement à la marion­nette FN. Faire-valoir des partis de gou­ver­ne­ment, celui-ci incar­nera encore la fan­tasmée menace fas­ciste et conti­nuera d’acca­pa­rer, au tra­vers de ses filets paci­fiés, une por­tion de la colère popu­laire.

Néanmoins, en vue de perpétuer sa mis­sion, le FN ne peut plus pro­po­ser un pro­gramme calqué en grande partie sur ceux des for­ma­tions gou­ver­ne­men­ta­les. La déc­om­po­sition du lepén­isme appelle donc sa recom­po­si­tion doc­tri­nale et orga­ni­sa­tion­nelle (qui ira peut-être jusqu’à un chan­ge­ment de déno­mi­nation), qui n’est qu’un ajus­te­ment sup­plém­ent­aire à l’évo­lution de l’ins­ti­tu­tion­na­li­sa­tion de la réaction. Ce pro­ces­sus n’est pas annon­cia­teur d’une pro­chaine prise de pou­voir par le FN. Il vient plutôt confir­mer son statut perpétuel d’out­si­der réacti­onn­aire. La nature tou­jours plus erra­ti­que de ses visées théo­riques, l’ame­nui­se­ment de ses res­sour­ces mili­tan­tes et finan­cières, l’ample ins­ta­bi­lité de ses scores élec­toraux, toutes ces caractér­is­tiques du pour­ris­se­ment, que seul le matra­quage méd­ia­tique vient com­bler, font doré­navant entrer le Front National dans la caté­gorie du sous-fas­cisme.

 

8. Rejeton de la muta­tion en cours du Front National, l’extrême droite grou­pus­cu­laire, dont le Bloc Identitaire, Renouveau Français et les Nationalistes auto­no­mes sont les pro­to­ty­pes les plus signi­fi­ca­tifs, tra­duit la sous-fas­ci­sa­tion des pos­tu­res uni­vo­ques de la vieille extrême droite, les­quel­les sont inca­pa­bles dés­ormais de dép­asser les bornes réacti­onn­aires éta­tiques. La fai­blesse de leur dimen­sion numé­rique les can­tonne à l’ama­teu­risme de l’agi­ta­tion méd­ia­tique. Concentrés de sous-fas­cisme, ils ne par­vien­nent pas à mas­quer le pillage au mou­ve­ment alter­mon­dia­liste des mét­hodes d’action, de com­mu­ni­ca­tion, voire des codes de reconnais­sance, qui est à la source de leur pra­ti­que confi­den­tielle. Sur le plan théo­rique, s’ils ne reconnais­sent pas la valeur de toutes les xénop­hobies, c’est pour conti­nuer de n’en pro­mou­voir qu’une, celle de la souche europé­enne, du « pays réel ». Pourtant, une telle dis­tinc­tion s’effrite natu­rel­le­ment face à la domi­na­tion qui, au tra­vers de ses ins­ti­tu­tions, ne se prive plus de prôner tous les conser­va­tis­mes, quelle qu’en soit l’ori­gine. Confinés aux impas­ses des mino­rités agis­san­tes, ces grou­pes de bour­geois enca­naillés ten­tent de sur­mon­ter leur statut objec­tif de clubs de diver­tis­se­ment pour inter­net, par l’usage de la vio­lence. Auxiliaires de police à Lyon ou à Nice, ils concen­trent leurs fai­bles moyens sur l’agres­sion du mou­ve­ment social. Ils occu­pent cet endroit pathé­tique où le sous-fas­cisme essaye de dép­asser déses­pérément ses pro­pres infir­mités struc­tu­rel­les par la bru­ta­lité phy­si­que.

 

9. De même que les différ­entes formes de fas­cisme appa­rues entre 1922 et 1945 étaient les tra­duc­tions idéo­lo­giques d’une tech­ni­que de gou­ver­ne­ment visant à orches­trer la recom­po­si­tion déva­lo­ris­ante de la force de tra­vail, le sous-fas­cisme est une mani­fes­ta­tion contem­po­raine de la des­truc­tion du tra­vailleur total tel qu’il avait été façonné par l’Etat keynésien.

Alors que le centre de l’accu­mu­la­tion mon­diale du capi­tal se dép­lace vers l’Asie en y sus­ci­tant une immense accu­mu­la­tion pri­mi­tive et une rémin­isc­ence par­tielle de la plus-value abso­lue, la baisse du salaire ouvrier en des­sous du niveau de repro­duc­tion sociale devient une impéri­euse néc­essité en Occident. Il s’agit de sauver la valo­ri­sa­tion des titres à la plus-value, élevés à une quan­tité tita­nes­que durant ces 40 der­nières années en raison du coût réd­hi­bit­oire qu’impli­que la repro­duc­tion élargie du capi­tal dans le sec­teur avancé.

Là où les fon­da­tions moder­nes de l’Etat régu­lateur de la valo­ri­sa­tion/ déva­lo­ri­sation, qui sont corol­lai­res à l’hégé­monie de la domi­na­tion réelle du capi­tal, sont achevées depuis 1945, l’ultra-réaction ciblant les riches com­po­san­tes du salaire réel n’a plus qu’à s’exé­cuter via les ins­ti­tu­tions réformées à cet effet. Le déman­tèlement du Welfare State se réa­lise d’abord de l’intérieur, en pro­pul­sant les sphères poli­ti­ques décisi­onn­elles à des degrés hors d’atteinte par les masses, et en contrac­tant à la base l’appa­reil ins­ti­tu­tion­nel sur ses fonc­tions répr­es­sives les plus bru­ta­les. Le capi­ta­lisme étant entré dans une longue agonie, mar­quée de vio­len­tes secous­ses, qui sont autant de paliers irrév­er­sibles fran­chis par la crise, le can­ni­ba­lisme systé­mique devient un remède de court terme, un retar­dant de la chute finale.

En conséqu­ence, la dis­lo­ca­tion à l’œuvre ne sau­rait se can­ton­ner aux mon­ta­ges keynésiens : un par un s’effon­drent les sou­bas­se­ments poli­ti­ques et sociaux de la démoc­ratie for­melle tandis que la survie bio­lo­gi­que uni­ver­selle est mise en péril à brève échéance. La prés­ente phase d’écra­sement de la valeur du capi­tal varia­ble, celle qui induit, notam­ment, le sous-fas­cisme, est révé­lat­rice d’une vio­lence bour­geoise expo­nen­tielle depuis quatre déc­ennies à l’encontre de tout ce qui se situe de l’autre côté de la bar­rière de classe. Parce que les bases pro­duc­ti­ves ont effec­tué, ici, le saut qua­li­ta­tif vers la société d’abon­dance, l’idéo­logie accom­pa­gnant cette féroce offen­sive ne peut être ni mas­sive, ni uni­forme.

De plus, tous les sec­teurs de la classe domi­nante, tant locaux qu’inter­na­tio­naux et dont les posi­tions res­pec­ti­ves sont par ailleurs contra­dic­toi­res, se conju­rent contre le prolé­tariat dans cette atta­que sans pré­cédents. Aussi, la gamme d’expres­sions idéo­lo­giques de ce pro­ces­sus ne peut qu’être bigarrée. C’est pour­quoi le sous-fas­cisme se posi­tionne au sein du fatras idéo­lo­gique contem­po­rain et y tisse des liens avec d’autres recet­tes en vogue : l’éco­log­isme, le néoli­bér­alisme, le néokeyn­ési­anisme, l’alter­mon­dia­lisme. Il s’en dis­tin­gue néanmoins par sa sub­stance iden­ti­taire protéif­orme (reli­gieuse, eth­ni­que, cultu­relle, raciale…) et sa cible socio­lo­gi­que, qui se com­pose des cou­ches inféri­eures du prolé­tariat, du sous-prolé­tariat et de la petite bour­geoi­sie menacée de décl­as­sement.

 

10. La for­mi­da­ble chute de la demande pro­duc­tive, conséqu­ence de la prés­ente dépr­ession mon­diale, n’en est qu’à ses pré­mices. Mais elle vient déjà confir­mer aux spéc­ial­istes en mar­ke­ting de tout acabit que l’impé­ratif d’une domes­ti­ca­tion chi­rur­gi­cale des com­por­te­ments des consom­ma­teurs est doré­navant une ques­tion de vie ou de mort du taux de profit immédiat.

Car le para­doxe actuel, qui frappe l’écou­lement de la pro­duc­tion, exige des expédients radi­caux : l’abais­se­ment alar­mant du taux de profit moyen impose que l’anti­ci­pa­tion de la demande glo­bale devienne une science sûre au moment même où celle-ci est contrainte aux dan­ge­reu­ses res­tric­tions de la paupé­ri­sation galo­pante. Les atti­tu­des de consom­ma­tion des basses stra­tes du prolé­tariat en Occident offrent un aperçu des pro­chai­nes condui­tes mas­si­ves des clients : l’absence d’épargne alliée à l’impos­si­ble recours au crédit, par manque de sol­va­bi­lité, conduit obli­ga­toi­re­ment à ache­ter des mar­chan­di­ses à faible valeur ajoutée. Dans ces condi­tions, la publi­cité poussée à la satu­ra­tion ne peut plus garan­tir le mini­mum de réflexes pav­lo­viens qu’elle par­ve­nait aupa­ra­vant à condi­tion­ner.

La prison iden­ti­taire, avec son éta­lage d’injonc­tions indis­cu­ta­bles, les­quel­les assu­rent le mode­lage de consom­ma­teurs pré­vi­sibles, s’affirme en sau­veur impromptu des intérêts mar­chands. Non seu­le­ment elle dompte la colère sociale mais elle fidé­lise aussi la clientèle en créant et pér­en­nisant une consom­ma­tion qui lui est spé­ci­fique. D’ores et déjà, le busi­ness com­mu­nau­ta­riste (eth­ni­que, reli­gieux et de genre) s’impose en filon ren­ta­ble de secours à l’heure où le com­merce se para­lyse peu à peu. Ce sont d’ailleurs les plus pau­vres qui, dans les pays avancés, en subis­sent les ful­gu­ran­tes pro­gres­sions. Ils assis­tent à la démo­nst­ration en acte d’un capi­ta­lisme sol­li­ci­tant l’obs­cu­ran­tisme pour sur­vi­vre. Le sous-fas­cisme est donc ancré dans cette ten­dance lourde de l’accu­mu­la­tion sinis­trée.

 

11. L’oppo­si­tion sio­nisme-anti­sio­nisme est le clin­quant talis­man, le pivot bancal, de cette agglu­ti­na­tion de fac­tieux déficients. Ce point de conver­gence doc­tri­nal, orga­ni­que et pra­ti­que, n’en est pas moins une curieuse source de jou­vence où les zom­bies rouges, verts et bruns vien­nent puiser ce qui sert de car­bu­rant à leurs labo­rieu­ses agi­ta­tions. Car le conflit israélo-pales­ti­nien prés­ente le sor­dide avan­tage, pour les gou­ver­nants et leurs relais sous-fas­cis­tes, de cumu­ler cer­tai­nes des formes les plus vio­len­tes de la bar­ba­rie moderne tout en moquant inso­lem­ment l’introu­va­ble riposte imméd­iate sur le ter­rain de la lutte des clas­ses. Empêtré dans la bali­verne reli­gieuse, vérolé par le natio­na­lisme le plus inepte, aigûment asymét­rique dans sa caracté­ri­sation mili­taire (ce qui permet une incom­pa­ra­ble pér­ennité flir­tant avec la para­ly­sie his­to­ri­que), il est l’occa­sion d’un riche déb­al­lage de tech­no­lo­gies ultra-sophis­ti­quées, à la faveur d’odieu­ses exac­tions éta­tiques, auquel fait écho un fana­tisme sui­ci­daire gal­va­nisé par le pathos mes­sia­niste d’aya­tol­lahs de seconde zone.

Tout enjeu, dans ses tenants et abou­tis­sants, démo­nst­rations fac­tuel­les et pro­gram­ma­ti­ques, y est for­mulé sans la moin­dre pers­pec­tive éman­ci­pat­rice. Par conséquent, cette scan­da­leuse paro­die moyen-orien­tale de la Guerre de Cent ans est le pandé­monium rêvé des geôliers du monde entier. C’est un gouf­fre poli­ti­que inson­da­ble qui, telle une gigan­tes­que mine d’or, draine les par­ti­sans de la confu­sion réacti­onn­aire. Ceux-ci, bien dét­erminés à creu­ser sans fin, ont com­pris que ce bour­bier confiné aux portes des monar­chies pét­rolières, excen­tré des usines et des champs, des méga­poles asia­ti­ques et des places finan­cières occi­den­ta­les, ne peut délivrer aucune rép­onse déci­sive aux ques­tions fon­da­men­ta­les de notre temps.

 

12. Une telle com­bi­na­toire four­nit les alibis inespérés aux four­voie­ments passés, présents et futurs des appa­reils de l’extrême gauche du capi­tal, qui, ne pou­vant plus fein­dre de jouer les révo­luti­onn­aires de ser­vice, épuisent dés­ormais leurs mai­gres divi­sions à pié­tiner dans des impas­ses. Tels des tamis du renon­ce­ment, NPA, LO, POI et consorts n’ont conservé de leurs tra­jec­toi­res poli­ti­ques que les orien­ta­tions hon­teu­ses qui ont fait le lit de leur déb­an­dade, en s’atta­chant parallè­lement à se dél­ester des der­niers ves­ti­ges du combat révo­luti­onn­aire. A l’aune de leur déf­ait­isme syn­di­cal et élec­toral, qui sabote encore effi­ca­ce­ment la lutte des clas­ses dans le ventre de la bête capi­ta­liste, la har­diesse intéressée qu’ils met­tent à vili­pen­der l’Etat israélien leur sert d’exu­toire tac­ti­que.

Cette énorme exagé­ration de la cause anti­sio­niste parmi l’ensem­ble des tâches libé­rat­rices incom­bant aux opprimés du monde entier est un prét­exte de choix aux inces­sants échecs prolé­tariens que ces déchets des vieilles caser­nes d’extrême gauche garan­tis­sent, quo­ti­dien­ne­ment, aux plus hautes sphères de la bour­geoi­sie. Saisissant chaque occa­sion de s’asso­cier à la satu­ra­tion méd­ia­tique, ils s’appli­quent à forcer l’iden­ti­fi­ca­tion de tout un chacun avec ce qu’ils nom­ment « la rés­ist­ance pales­ti­nienne », assi­mi­lant, au pas­sage, les enfants assas­sinés aux mili­ces isla­mis­tes.

De fait, ils ten­tent d’impor­ter une lutte ter­ri­to­riale sév­issant à des mil­liers de kilomètres et dont les effets sur les masses en France sont incom­men­su­ra­ble­ment mineurs rela­ti­ve­ment aux dégâts locaux de la dép­rédation capi­ta­liste mon­diale. Leurs funes­tes efforts par­vien­nent sou­vent à pro­fi­ter du piège de l’ins­tan­tanéité, dans laquelle l’arse­nal spec­ta­cu­laire plonge la fausse cons­cience spec­ta­trice, pour gref­fer la colère et l’écœure­ment réact­ifs aux res­sen­ti­ments iden­ti­tai­res. Aussi, quand cer­tains des jeunes prolét­aires d’ori­gine extra-europé­enne, ces boucs émiss­aires dont les orga­ni­sa­tions pseudo-révo­luti­onn­aires se sont détournées depuis tou­jours, des­cen­dent dans la rue, non pour lancer l’assaut contre les patrons du CAC 40, mais afin de scan­der reli­gieu­se­ment leur dét­es­tation d’Israël, celles-ci jubi­lent.

Histoire d’occulter l’abîme infran­chis­sa­ble qui les sépare, les anti­sio­nis­tes d’extrême gauche se jouent, alors, la mas­ca­rade de leur com­mu­nion poli­ti­que avec ces déshérités, le temps de quel­ques pro­ces­sions télévisées. Car ces paumés de la contre-révo­lution ne réc­lament rien d’autre que de cir­cons­crire leur acti­visme à la pose enragée sous les pro­jec­teurs aménagés de la domi­na­tion de classe. La dis­tance qui les tient éloignés des mas­sa­cres de Tsahal et des bri­ma­des de la police reli­gieuse du Hamas convient par­fai­te­ment aux fris­sons tran­quilles de ces avides consom­ma­teurs de la par­ti­ci­pa­tion illu­soire. Les confér­ences-débats, les com­mu­ni­qués de presse quém­andant aux ins­ti­tu­tions bour­geoi­ses des solu­tions enca­drées par le droit inter­na­tio­nal, les mee­tings, les arti­cles et les pétitions, le mer­chan­di­sing sub­ver­sif, les pro­duc­tions ciné­ma­tog­rap­hiques pour faire pleu­rer, les rares séjours en Palestine pour se faire trem­bler, rem­plis­sent suf­fi­sam­ment leurs agen­das de mili­tants sur­bookés. Réduits depuis long­temps à leurs plus sim­ples expres­sions, ces orphe­lins de la ter­reur bureau­cra­ti­que tuent donc leur piètre exis­tence à servir de guér­il­leros…de l’ani­ma­tion poli­ti­cienne.

Ils feraient plutôt pitié si leur inép­ui­sable tapage n’était cette ode obscène au pour­ris­se­ment capi­ta­liste. A l’évid­ence, essayer de dévier l’atten­tion des exploités du volcan de haine bour­geoise ne leur suffit pas. Il faut pous­ser le cynisme en accro­chant l’agi­ta­tion anti­sio­niste à des schémas théo­riques dont la concré­ti­sation est le franc sou­tien aux pires formes de bar­ba­rie. A cette fin, les nos­tal­gi­ques des gran­des heures de la lutte de libé­ration natio­nale peu­vent s’enor­gueillir, sans com­plexes, des vieilles marot­tes lénin­istes qui, au nom de l’auto-dét­er­mi­nation des peu­ples, rép­andent une vision de l’impér­ial­isme aussi erronée que répr­es­sive. Etablie sur la sub­sti­tu­tion du combat anti-bour­geois par l’affron­te­ment entre pays dominés et nations avancées, cette appro­che se vautre dans les aber­ra­tions géo­po­li­tiques héritées de la pro­pa­gande sta­li­nienne pré­valant durant la guerre froide. L’impér­ial­isme yankee, tra­vesti pour l’occa­sion en « empire amé­ri­cano-sio­niste », cette soupe réchauffée de l’« ultra-impér­ial­isme » kauts­kien, ferait face à un fan­tas­ma­ti­que « camp pro­gres­siste », cons­ti­tué par le Hamas, le Hezbollah et les FARC, ainsi que des dic­ta­tu­res thé­oc­ra­tiques ou crypto-socia­lis­tes par­te­nai­res de la Russie et/ou de la Chine, tels la Syrie, l’Iran, Cuba, le Venezuela, la Bolivie, la Corée du Nord.

L’igno­rance de ces gau­chis­tes face à la com­plexité des rap­ports inter-impér­ial­istes aux niveaux rég­ional et planét­aire n’a d’égale que la fami­lia­rité idéo­lo­gique qu’ils entre­tien­nent avec des mafias poli­cières périp­hériques dont ils envient à la fois la rela­tive popu­la­rité locale et les fau­teuils pré­sid­entiels. Car tout autant qu’ils répugnent à envi­sa­ger une révo­lution prolé­tari­enne en Europe, aux Etats-Unis ou en Asie, ils se gar­dent bien de sou­te­nir les masses arabes dressées au Maghreb et au Machrek contre les déc­lin­aisons mul­ti­ples de la déso­lation capi­ta­liste.

Quant à l’idée d’encou­ra­ger sur le chemin de la grève géné­rale la classe ouvrière cos­mo­po­lite, notam­ment pales­ti­nienne, employée dans les com­plexes pét­roliers du Moyen-Orient, ou celle de dével­opper auprès des deux mil­lions de tra­vailleurs israéliens la pers­pec­tive d’une guerre de classe, les pitre­ries anti­sio­nis­tes arri­vent effi­ca­ce­ment à les cen­su­rer. Elles ont tou­jours essayé d’éto­uffer et ne ces­se­ront de mas­quer cette vérité déclamée lim­pi­de­ment par l’Internationale situa­tion­niste dès octo­bre 1967 : « La ques­tion pales­ti­nienne est trop séri­euse pour être laissée aux Etats, c’est-à-dire aux colo­nels. Elle touche de trop près les deux ques­tions fon­da­men­ta­les de la révo­lution moderne, à savoir l’inter­na­tio­na­lisme et l’Etat, pour qu’aucune force exis­tante puisse lui appor­ter la solu­tion adéq­uate. Seul un mou­ve­ment révo­luti­onn­aire arabe réso­lument inter­na­tio­na­liste et anti-éta­tique peut à la fois dis­sou­dre l’Etat d’Israël et avoir pour lui la masse de ses exploités. Seul, par le même pro­ces­sus, il pourra dis­sou­dre tous les Etats arabes exis­tants et créer l’uni­fi­ca­tion arabe par le pou­voir des Conseils. »

Dans leur lancée, les flics anti­sio­nis­tes se com­plai­sent à épargner les liens que les Etats français, alle­mands ou ita­liens ont tissés avec le pou­voir israélien, comme ceux que les Etats-Unis ont scellés, à raison de mil­liards d’aide finan­cières, avec l’Egypte. De même, ils se cou­vrent de ridi­cule en occultant le fait qu’Israël a créé le Hamas, que les Etats-Unis ont long­temps sou­tenu les tali­bans, invités d’ailleurs aujourd’hui à siéger dans le gou­ver­ne­ment fan­to­che de Hamid Karzaï. Enfin, leur sor­dide manège revient à l’inter­dic­tion de toute démo­nst­ration d’hos­ti­lité aux dép­rédations de l’impér­ial­isme français et des régimes qui lui sont inféodés. Le géno­cide rwan­dais, les guer­res congo­lai­ses, les mas­sa­cres en Côte d’Ivoire, le coup d’Etat de 2008 à Madagascar sont autant de no man’s land de leur pra­ti­que mili­tante.

 

13. En son temps, Sun Tzu cons­ta­tait : « Celui qui excelle à rés­oudre les dif­fi­cultés les résout avant qu’elles ne sur­gis­sent. Celui qui excelle à vain­cre ses enne­mis triom­phe avant que les mena­ces de ceux-ci ne se concré­tisent. » Depuis long­temps, l’inter­na­tio­nale capi­ta­liste s’est convain­cue de cet adage.

Mais la désag­régation spec­ta­cu­laire est venue contra­rier l’effi­cience des stratégies de gou­ver­nance appro­priées à cette fin. Le choix de l’ennemi, qui est tou­jours très révé­lateur de la qua­lité d’un homme, l’est aussi de celle d’une société. En l’occu­rence, l’effon­dre­ment du capi­ta­lisme d’Etat a laissé vacant le poste tra­di­tion­nel­le­ment occupé par l’adver­saire offi­ciel néc­ess­aire au mini­mum de cohésion sociale et de vio­lence éta­tique que requiert la démoc­ratie du marché en crise. Amputée d’un fan­to­che à même de contre­faire la rév­olte des prolé­tariats du monde, la bour­geoi­sie fut contrainte de dégoter d’urgence un rem­plaçant de for­tune.

Le prin­ci­pal his­trion en lice était cette forme d’oppres­seur archaïque, encore en ser­vice sous les lati­tu­des de la misère et depuis long­temps com­plice des stratèges mili­tai­res occi­den­taux : l’isla­miste. Cette figure oxy­mo­ri­que, qui prétend représ­enter l’indi­gence rebelle, alors qu’elle est pro­fondément intégrée aux cir­cuits de la finance mon­diale, est apte à sou­te­nir la dif­fu­sion d’une nou­velle alter­na­tive illu­soire, à partir de mys­ti­fi­ca­tions obs­cu­ran­tis­tes. Mais si elle est le ver­sant cari­ca­tu­ral le plus vivace de la moder­nité en guerre, elle n’occupe que par­tiel­le­ment sa fonc­tion de spec­tre ter­ro­riste, la par­ta­geant avec des bou­tu­res mutan­tes des vieilles for­mu­les fas­ci­san­tes, le « cha­visme », le « cas­trisme », le « pou­ti­nisme », mieux adaptées à cer­tains théâtres d’opé­rations locaux. Dans le capi­ta­lisme convul­sif, où les impér­ial­ismes rég­ionaux pro­lifèrent à mesure que s’écr­oule le cœur du système, ces sous-idéo­logies de masse accom­pa­gnent les conso­li­da­tions éparses d’intérêts capi­ta­lis­tes mar­gi­naux. Aussi, loin de cons­ti­tuer des blocs « anti­systèmes », ces micros cen­tres d’accu­mu­la­tion ne sont que de nou­veaux sec­teurs en phase d’inclu­sion bru­tale aux normes de l’exploi­ta­tion mon­dia­lisée. Le redéc­ou­page concur­ren­tiel de la géo­po­li­tique planét­aire ne sau­rait faire oublier qu’il s’opère en faveur du seul mode de pro­duc­tion capi­ta­liste.

 

14. L’isla­misme n’est que l’extrémité cri­mi­nelle d’une bour­sou­flure iden­ti­taire sur la face mons­trueuse du capi­ta­lisme décadent. Quand la misère sous-développée est l’hori­zon indép­as­sable du projet capi­ta­liste, l’arrié­ration thé­oc­ra­tique domes­ti­que labo­rieu­se­ment les foules et garan­tit, ainsi, l’appro­vi­sion­ne­ment de hordes sui­ci­dai­res utiles au bon fonc­tion­ne­ment des loin­tai­nes dic­ta­tu­res post-moder­nes. Là où l’abon­dance mar­chande a sous­trait au prolét­aire ses der­nières bases arrière cultu­rel­les et inti­mes, elle échoue à com­bler le néant qu’elle a créé et n’y laisse qu’une cons­tante insa­tis­fac­tion.

Celle-ci revêt un caractère d’autant plus insup­por­ta­ble que l’appa­reil pro­duc­tif en crise peine dés­ormais à repro­duire le mode de vie de l’ouvrier total. Par une inces­sante méca­nique folle d’intég­ration et d’exclu­sion du tra­vailleur, les mon­ti­cu­les crois­sants de dét­ritus sociaux s’accu­mu­lent, comme autant de vieux ordi­na­teurs dép­rogrammés. Le décor s’écr­oule petit à petit et les basses cou­ches du prolé­tariat sont rejetées au vide cru d’un désert social, où la sur­consom­ma­tion est regardée comme un mini­mum inac­ces­si­ble et la société réd­uite à une zone poli­cière. Au milieu de ce champ social aussi sté­rile qu’hos­tile, cer­tains pau­vres se réfugient à l’intérieur d’ancien­nes car­cas­ses socio­cultu­rel­les dont le système spec­ta­cu­laire mar­chand a depuis long­temps vidé la sub­stance. Au car­re­four de l’échec poli­ti­que et du dés­astre éco­no­mique du capi­ta­lisme, sont alors cultivées les mai­gres pous­ses de la haine iden­ti­taire, ces pro­thèses infectées censées sou­la­ger l’abla­tion de la dignité.

 

15. La nou­velle sédition spec­ta­cu­laire est un méd­iocre ersatz des pré­céd­entes représ­en­tations de la rév­olte atti­trée. A l’image des gad­gets pol­lués et autres pro­duits en toc qui satu­rent le marché global, c’est une mar­chan­dise tron­quée dont la pére­mption est immi­nente. Elle est sur­tout une illu­sion pro­ve­nant de la périphérie du monde avancé. Son inten­sité par­vient atténuée au centre de l’accu­mu­la­tion capi­ta­liste. Elle y est donc impo­pu­laire mais y est néanmoins employée à deux fins conjoin­tes :

– elle fait office de signal menaçant, expédient de l’état d’urgence per­ma­nent, cet alibi du ter­ro­risme d’Etat géné­ralisé ;

– elle four­nit des vul­ga­tes de secours et leurs modèles pra­ti­ques aux clo­chards du men­songe poli­cier, les sous-fas­cis­tes.

Ces der­niers ne peu­vent que s’accom­mo­der de ces excréments bénis en guise d’ali­ments poli­ti­ques, eux que l’extinc­tion guette.

 

16. L’apo­logé­tique alte­rimpér­ial­iste est le pen­dant « contes­ta­taire », déjà dépassé, des gro­tes­ques élu­cub­rations du Département d’Etat amé­ricain sur la menace d’un « axe du mal » renié par ce même pou­voir états-unien depuis plus de deux ans. Rafistolage des épaves toxi­ques tiers-mon­dis­tes, l’alte­rimpér­ial­isme relaie, au sein des pays avancés, à la fois les velléités expan­sion­nis­tes (éco­no­miques, com­mer­cia­les, diplo­ma­ti­ques, ter­ri­to­ria­les et mili­tai­res) d’Etats-nations réc­emment hissés au rang de puis­san­ces rég­io­nales, et les dis­cours d’acier de leurs gar­ni­sons poli­tico-mili­tai­res implantées dans leurs sphères d’influence. Cet acces­soire idéo­lo­gique sera bientôt indis­so­cia­ble de la pano­plie sous-fas­ciste, tant les liens qui unis­sent les offi­ci­nes diplo­ma­ti­ques de l’arc alte­rimpér­ial­iste au sous-fas­cisme s’étendent et se conso­li­dent.


Groupe d’Action

pour la Recomposition de l’Autonomie Prolétarienne

Par Blog de sheerk
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Samedi 10 septembre 2011 6 10 /09 /Sep /2011 09:39


Ce texte a pour titre original « Give up activism ». Il est paru après le carnaval anticapitaliste du 18 juin 1999 à Londres qui a viré à l’émeute, dans une brochure intitulée « Reflections on J18 » éditée en octobre 1999 par Reclaim the Street. Il a été traduit en français dans Je sais tout de décembre 1999 et dans Échanges n°93 au printemps 2000.


Un des problèmes apparent lors de la journée d’action du 18 juin 99 a été l’adoption d’une mentalité d’activiste. Ce problème est devenu particulièrement évident avec ce 18 juin précisément parce que les personnes qui se sont investies dans son organisation et celles qui ont participé à cette journée ont essayé de repousser ces limites. Ce texte n’est pas une critique sur des personnes investies — mais plutôt une occasion qui inspire des réflexions sur les enjeux auxquels nous sommes confrontés si nous voulons sérieusement en finir avec le mode de production capitaliste.

 

Experts

Par « une mentalité d’activiste », je veux désigner les gens qui se considèrent eux-mêmes d’abord comme activistes et comme appartenant à une large communauté d’activistes. L’activiste s’identifie à ses actions et les conçoit comme le rôle qu’il doit jouer dans la vie, comme un travail ou une carrière. De même, certains s’identifient à leur travail comme médecin ou enseignant, cela devient une part essentielle de leur image de soi au lieu d’être seulement quelque chose qu’il leur arrive de faire.

L’activiste est un spécialiste ou un expert du changement social. Se considérer comme activiste signifie se considérer comme privilégié ou plus avancé que les autres dans l’appréciation du besoin de changement social et de la manière d’y parvenir ; se considérer comme l’avant-garde de la lutte concrète pour créer ce changement.

L’activisme, comme tout rôle d’expert, est basé sur la division du travail — c’est une tâche séparée et spécialisée. La division du travail est le fondement de la société de classes, la division fondamentale étant celle entre le travail manuel et le travail intellectuel. La division du travail est par exemple présente dans la médecine et l’éducation : guérir et élever des enfants, au lieu d’être des savoirs communs et des tâches auxquelles chacun participe, deviennent la propriété spécialisée de médecins et d’enseignants — des experts sur lesquels nous devons nous reposer et qui effectuent ces choses pour nous. Les experts gardent jalousement les capacités qu’ils ont et les mystifient Cela maintient les gens séparés et dépossédés de leur pouvoir, tout en renforçant la société de classes hiérarchisée.

La division du travail implique qu’une personne endosse un rôle et que beaucoup d’autres lui délèguent leur responsabilité. Une séparation des tâches signifie que d’autres vont cultiver votre nourriture, fabriquer vos habits et vous procurer de l’électricité pendant que vous vous occupez de réaliser le changement social. L’activiste, en tant qu’expert du changement social, présume que les autres gens ne font rien pour changer leurs vies et ainsi se sent un devoir ou une responsabilité de le faire à leur place. Les activistes pensent qu’ils compensent le manque d’activité des autres.

Nous définir comme activistes signifie définir « nos » actions comme celles qui vont amener le changement social, en faisant l’impasse sur l’activité de milliers et de milliers d’autres non-activistes. L’activisme est basé sur la fausse conception qu’il n’y a que les activistes qui produisent le changement social — alors que bien sûr la lutte des classes se produit tout le temps.

 

Forme et contenu

La tension entre la forme d’ « activisme » dans laquelle notre activité politique apparaît et son contenu toujours plus radical s’est développée seulement durant ces quelques dernières années. Le background de beaucoup de gens impliqués dans le 18 juin est d’être des « activistes » qui font des « campagnes » sur des « thèmes ». La scène activiste s’est transformée ces dernières années ; beaucoup de gens sont passés de campagnes sectorielles contre les entreprises ou des développements spécifiques à une perspective anticapitaliste plus floue. Ainsi, le contenu de l’activisme a changé, mais pas sa forme. Au lieu d’attaquer Monsanto et d’occuper leurs quartiers généraux, nous regardons maintenant au-delà de la facette isolée du capital représentée par Monsanto et développons une « campagne » contre le capitalisme. Et que peut-on occuper de mieux que ce qui est perçu comme le quartier général du capitalisme — la City ?

Nos méthodes sont toujours les mêmes, comme si nous attaquions une entreprise ou un développement spécifique, alors que le capitalisme n’est plus du tout du même type et que les moyens par lesquels on pourrait faire tomber une compagnie spécifique ne sont pas du tout les mêmes que ceux par lesquels on pourrait faire tomber le capitalisme. Par exemple, en menant de vigoureuses campagnes pour les droits des animaux, les activistes ont réussi à ruiner à la fois les éleveurs de chiens Consort et les éleveurs de chats Hillgrave Farm. Leurs business ont été ruinés et ils ont été mis en liquidation judiciaire. De même, la campagne soutenue contre Huntingdon Life Sciences, des partisans convaincus de la vivisection, a réussi à réduire le prix de leur action de 33 %, mais l’entreprise vient de réussir à survivre en lançant une campagne de relations publiques désepérée à la Bourse pour remonter les cours [1]. L’activisme peut ruiner une entreprise avec beaucoup de succès, mais détruire le capitalisme requiert beaucoup plus que de simplement étendre ce genre de méthode à chaque entreprise dans chaque secteur. De même, lorsque les activistes des droits des animaux prennent pour cible les boucheries, le seul résultat direct est probablement d’aider les supermarchés à faire fermer toutes les petites boucheries, ce qui renforce le processus de compétition et de « sélection naturelle » du marché. Ainsi, les activistes parviennent souvent à détruire un petit commerce, mais renforcent en même temps globalement le capital.

La même chose s’applique à l’activisme contre les routes. Les luttes à grande échelle contre les routes ont créé des débouchés pour tout un nouveau secteur du capitalisme — la sécurité, la surveillance, des experts, des tunneliers et des grimpeurs, des consultants. Nous sommes maintenant un « risque du marché » parmi d’autres à prendre en compte pour conclure un contrat de route. Nous avons peut-être renforcé la loi du marché, en forçant les entreprises les plus faibles à abandonner le marché. La consultante Amanda Webster affirme : « Les mouvements de protestation vont fournir des avantages de marché aux entreprises qui peuvent efficacement les maîtriser » [2]. A nouveau, l’activisme peut mettre en faillite un commerce ou stopper une route, mais le capitalisme continue, plus fort qu’auparavant.

Ces choses sont certainement une indication, si besoin est, de ce qu’attaquer le capitalisme ne requiert pas seulement un changement quantitatif (plus d’actions, plus d’activistes), mais surtout un changement qualitatif (nous devons découvrir des manières plus efficaces d’agir). Il semble que nous n’avons qu’une très petite idée de ce que requiert en fait la destruction du capitalisme. Comme s’il suffisait de parvenir à une sorte de masse critique d’activistes occupant des bureaux pour avoir une révolution...

La forme de l’activisme a été conservée alors que le contenu de son activité s’est transformé au-delà de la forme qui le contenait. Nous continuons à penser en termes d’« activistes » faisant une « campagne » sur un « thème », et parce que nous sommes des activistes pratiquant l’action directe », nous allons « faire une action » contre notre cible. La méthode de campagne contre des développements spécifiques ou des entreprises isolées a été transplantée telle quelle sur ce nouvel objet qu’est l’attaque du capitalisme. Nous tentons d’attaquer le capitalisme et de conceptualiser ce que nous faisons dans des termes complètement inappropriés, en utilisant des méthodes qui sont celles du réformisme libéral. On a ainsi le spectacle bizarre de « faire une action » contre le capitalisme — une pratique profondément inadéquate.

 

Rôles

Le rôle de l’« activiste » est un rôle que nous adoptons tout comme celui du policier, du parent ou du prêtre — une forme psychologique étrange que nous utilisons pour nous définir et pour définir notre relation à l’autre. L’« activiste » est un spécialiste ou un expert en changement social — plus nous nous accrochons à ce rôle et à la notion de ce que nous sommes, plus nous empêchons en fait le changement que nous désirons. Une vraie révolution impliquera de s’extraire de tous les rôles préconçus et de détruire tous les spécialismes — la réappropriation de nos vies. L’acte de la révolution est la prise de contrôle de nos propres destinées ; il impliquera la création de nouveaux individus et de nouvelles formes d’interaction et de communautés. Les « experts » en tous genres ne peuvent que l’empêcher.

L’Internationale Situationniste a développé une critique stricte des rôles et en particulier du rôle du militant. La critique des situationnistes était surtout dirigée contre les idéologies de gauche et social-démocrates parce que c’était ce à quoi ils étaient principalement confrontés. Bien que ces formes d’aliénation existent toujours, nous sommes, dans notre milieu particulier, plus souvent confrontés à l’activiste libéral qu’au militant gauchiste. Ils partagent toutefois beaucoup de traits en commun (ce qui bien sûr n’est pas étonnant).

Le situationniste Raoul Vaneigem définit ainsi les rôles : « Les stéréotypes sont les images dominantes d’une période... le stéréotype est le modèle du rôle ; le rôle est un comportement modèle. La répétition d’une attitude crée un rôle ». Jouer un rôle signifie cultiver une apparence en négligeant toute authenticité : « Nous succombons à la séduction d’attitudes empruntées ». En tant que joueurs de rôles, nous résidons dans l’inauthenticité — en réduisant nos vies à une suite de clichés — « transformant notre journée en une suite de poses choisies plus ou moins inconsciemment parmi la gamme des stéréotypes dominants » [3]. Ce processus a été à l’œuvre depuis le tout début du mouvement contre les routes. A Twyford Down après Yellow Wednesday en décembre 1992, la presse et la couverture médiatique se sont focalisées sur la tribu Dongas et l’aspect contre-culture dreadlocks des protestations. C’était certainement à l’origine l’élément prédominant — il y avait par exemple un important groupe de nomades lors de l’évacuation [4]. Mais les gens attirés à Twyford par la couverture médiatique pensaient que tous ceux qui étaient là-bas avaient des dreadlocks. La couverture médiatique a eu pour effet d’éloigner les gens « ordinaires », et plus de gens du style contre-culture dreadlocks sont venus, réduisant ainsi la diversité des protestataires. Plus récemment, une chose similaire s’est produite quand les gens attirés sur les lieux de protestations par la médiatisation de Swampy qu’ils avaient vu à la télévision commencèrent à reproduire dans leurs propres vies les attitudes présentées par les médias comme étant caractéristiques du rôle de « guerrier écologiste » [5].

« Tout comme la passivité du consommateur est une passivité active, de même la passivité du spectateur repose dans sa capacité à assimiler des rôles et à les jouer en accord avec les normes officielles. La répétition des images et des stéréotypes offre une panoplie de modèles dans laquelle chacun est supposé choisir un rôle » [6]. Le rôle du militant ou de l’activiste n’est que l’un de ces rôles, et c’est en cela qu’il est conservateur malgré toute la rhétorique révolutionnaire qui l’accompagne.

L’activité prétendument révolutionnaire de l’activiste est une routine terne et stérile — une constante répétition de quelques actions sans potentialité de changement. Les activistes résisteraient probablement au changement s’il se produisait parce qu’il briserait les certitudes faciles de leurs rôles et la jolie petite niche qu’ils se sont creusée pour eux-mêmes. Comme les chefs syndicaux, les activistes sont d’éternels représentants et médiateurs. Tout comme les dirigeants syndicaux qui seraient contre les travailleurs victorieux dans leur lutte parce que cela les priverait de leurs fonctions, le rôle de l’activiste est menacé par le changement. En effet, la révolution, ou même n’importe quel mouvement réel dans cette direction, troublerait profondément les activistes en les privant de leur rôle. Si « tout un chacun » devient révolutionnaire, alors vous n’êtes plus si spéciaux, n’est-ce pas ?

Pourquoi nous comportons-nous comme des activistes ? Seulement parce que c’est l’option facile des lâches ? Il est facile de tomber dans le rôle de l’activiste parce qu’il convient à cette société et ne la défie pas — l’activisme est une forme acceptée de divergence. Même si comme activistes nous faisons des choses qui ne sont pas acceptées ou illégales, la forme même de l’activisme, par sa similitude avec un emploi, s’ajuste à notre psychologie et à notre éducation. Elle est attirante précisément parce qu’elle n’est pas révolutionnaire.

 

Nous n’avons plus besoin de martyrs

La clé de compréhension du rôle du militant et de celui de l’activiste est le sacrifice de soi — le sacrifice de soi à « la cause » qui est perçue comme étant séparée du soi. Cela n’a bien entendu rien à voir avec la vraie activité du révolutionnaire qui est la saisie du soi. Le martyre révolutionnaire va de pair avec l’identification d’une cause séparée de sa propre vie — une action contre le capitalisme qui identifie le capitalisme comme étant « là-bas » dans la City est une erreur fondamentale — le pouvoir réel du capitalisme est ici même dans nos vies quotidiennes — nous recréons son pouvoir chaque jour car le capital n’est pas une chose mais une relation sociale entre des gens (et donc entre des classes) médiatisée par les choses.

Bien sûr, je ne suis pas en train de suggérer que chaque personne impliquée dans l’action du 18 juin adopte ce rôle et le sacrifice de soi qui l’accompagne avec la même intensité. Comme je l’ai dit tout à l’heure, le problème de l’activisme est apparu de manière particulièrement criante dans l’action du 18 juin précisément parce que c’était une tentative de sortir de ces rôles et de nos pratiques habituelles. La plupart de ce qui est souligné ici est un « scénario du pire », de ce à quoi peut conduire le rôle de l’activiste. Dans quelles proportions nous pouvons reconnaître ceci dans notre propre mouvement nous donnera une indication sur la quantité de travail qu’il reste à faire.

L’activiste rend la politique terne et stérile et en éloigne les gens, mais jouer ce rôle détruit aussi l’activiste lui-même. Le rôle de l’activiste crée une séparation entre les fins et les moyens : le sacrifice de soi signifie créer une division entre la révolution comme amour et joie dans le futur mais devoir et routine maintenant. L’activisme dans sa globalité est dominé par la culpabilité et le devoir parce que l’activiste ne se bat pas pour lui-même mais pour une cause séparée : « Toutes les ‘causes’ sont également inhumaines » [7].

En tant qu’activiste, vous devez nier vos propres désirs parce que votre activité politique est définie de telle sorte que ces choses ne sont pas considérées comme « politiques ». Vous mettez la « politique » dans une boîte séparée du reste de votre vie — c’est comme un travail... vous faites de la politique de 9 heures à 17 heures puis vous rentrez à la maison pour faire autre chose. Parce qu’elle est dans cette boîte séparée, la « politique » existe sans être gênée par aucune considération pratique d’efficacité. L’activiste se sent obligé de constamment s’attacher à la vieille routine sans penser, incapable de s’arrêter ou d’examiner, le principal étant que l’activiste soit toujours occupé et assouvisse sa culpabilité en se frappant la tête contre un mur de briques si nécessaire.

Savoir quand s’arrêter et attendre peut faire partie de l’activité révolutionnaire. Il peut être important de savoir comment et quand faire grève pour le maximum d’efficacité, mais aussi comment et quand NE PAS faire grève. Les activistes ont cette attitude du « nous devons faire quelque chose MAINTENANT ! » qui semble nourrie par la culpabilité. Ceci n’est pas du tout tactique.

Le sacrifice de soi du militant ou de l’activiste est reflété dans son pouvoir sur les autres en tant qu’expert — comme en religion, il y a une sorte de hiérarchie de la souffrance et de la droiture. L’activiste prend du pouvoir sur les autres en vertu de son haut degré de souffrance (les groupes activistes « non hiérarchisés » forment de fait une « dictature des plus impliqués »). L’activiste utilise la coercition morale et la culpabilité pour régir ceux qui sont moins expérimentés dans la théologie de la souffrance. Leur propre subordination va de pair avec la subordination des autres — tous esclaves de « la cause ». Les politiciens qui se sacrifient forcent leur propre vie et leur volonté de vivre — cela génère une amertume et une antipathie à la vie qui est ensuite tournée vers l’extérieur pour flétrir le reste. Ils sont «  les grands contempteurs de la vie... les partisans du sacrifice de soi absolu... leurs vies tordues par leur monstrueux ascétisme... » [8]. Nous pouvons voir cela dans notre propre mouvement, par exemple sur les lieux occupés, dans l’antagonisme entre le désir de s’asseoir et de prendre du bon temps versus l’éthique coupable du type travail de construction/fortification/barricadage, et dans la passion quelque fois excessive avec laquelle les « déjeuners en ville » sont dénoncés. Le martyr qui se sacrifie lui-même est offensé et outragé quand il en voit d’autres qui ne se sacrifient pas. De même, quand l’« honnête travailleur » attaque le petit voleur ou le vagabond avec une telle haine, nous savons que c’est en fait parce qu’il hait son travail et le martyre qu’il a fait de sa vie, et pour cela déteste voir quiconque échapper à ce destin, quiconque s’amuser alors qu’il souffre — il doit entraîner tout le monde dans la boue avec lui — une égalité du sacrifice de soi.

Dans la vieille cosmologie religieuse, le martyr victorieux allait au ciel. Dans la vision moderne, les martyrs victorieux peuvent aspirer à entrer dans l’histoire. Le plus grand sacrifice de soi, la plus grande création de rôle (ou, mieux, l’invention d’un tout nouveau rôle pour stimuler les gens — par exemple celui de guerrier écologiste) gagne une récompense dans l’histoire — le paradis des bourgeois.

La vieille gauche était assez franche dans son appel au sacrifice héroïque : «  Sacrifiez-vous dans la joie, frères et sœurs ! Pour la cause, pour l’ordre établi, pour le parti, pour l’unité, pour la viande et les patates ! » [9]. Mais tout ceci est beaucoup plus voilé ces temps-ci : Vaneigem accuse les jeunes gauchistes radicaux d’« entrer au service d’une Cause — la ‘meilleure’ des Causes. Leur temps de créativité, ils le passent à distribuer des tracts, à coller des affiches, à manifester, à prendre à partie le président de l’assemblée régionale. Ils militent. Il faut bien agir, puisque les autres pensent pour eux » [10].

Cela résonne en nous — particulièrement l’idée du fétichisme de l’action — les militants gauchistes peuvent s’engager dans un travail sans fin parce que le chef ou gourou a le petit nécessaire de théories, qui est pris pour du pain béni — la « ligne du parti ». Il n’en est pas tout à fait de même pour les activistes pratiquant l’action directe — l’action est fétichisée, mais plus par aversion pour la théorie quelle qu’elle soit.

Cet élément du rôle de l’activiste qui s’appuie sur le sacrifice de soi et le devoir était présent, mais pas si significatif, dans l’action du 18 juin. Ce qui pose le plus de problèmes pour nous, c’est ce sentiment de séparation du reste des gens “ordinaires” que l’activisme implique. Les gens s’identifient à d’étranges sous-cultures ou à des clans, ils se voient en tant que “nous” opposé au “eux” sous lequel est regroupé le reste du monde .

 

Isolement

Le rôle d’activiste est un isolement volontaire par rapport à tous les gens avec lesquels nous devrions communiquer. Endosser le rôle de l’activiste vous sépare du reste du genre humain, comme quelqu’un de spécial ou de différent. Les gens ont tendance à penser leur propre personne au pluriel (à qui te réfères-tu quand tu dis “nous” ?), en se référant à une communauté d’activistes plutôt qu’à une classe. Par exemple, il est à la mode depuis quelque temps dans le milieu activiste d’argumenter en faveur de « moins de thèmes sectoriels » et de l’importance de « créer des liens ». Cependant, pour la plupart, il s’agit de « faire des liens » avec d’autres activistes et d’autres groupes de lutte. Le 18 juin l’a assez bien démontré, l’idée étant de rassembler tous les représentants de toutes les différentes causes ou questions dans le même lieu au même moment, en nous reléguant volontairement dans le ghetto des bonnes causes.

De la même manière, les divers forums qui ont récemment proliféré à travers tout le pays — Rebel Alliance à Brighton, NASA à Nottingham, Riotous Assembly à Manchester, London Underground, etc. — ont un but similaire : amener tous les groupes activistes de la région à parler ensemble. Je ne dénigre pas cela, c’est un préliminaire essentiel à toute action, mais cela devrait être reconnu comme une forme extrêmement limitée pour « créer des liens ». Il est aussi intéressant de noter que ce que les groupes qui participent à ces rencontres ont en commun, c’est d’être des groupes activistes — ce dont ils s’occupent en fait semble être secondaire.

Il ne suffit pas de chercher à lier tous les activistes du monde entier, pas plus qu’il ne suffit de chercher à transformer plus de gens en activistes. Contrairement à ce que certains peuvent penser, nous ne serons pas plus proches d’une révolution si énormément de gens deviennent des activistes. Certains semblent avoir l’étrange idée qu’il faut que chacun soit d’une façon ou d’une autre convaincu de devenir un activiste, et alors nous aurons une révolution. Vaneigem dit : « La révolution est faite chaque jour en opposition à, et malgré, les spécialistes de la révolution » [11].

Le militant ou l’activiste est un spécialiste du changement social ou de la révolution. Le spécialiste recrute dans sa minuscule zone spécialisée pour augmenter son propre pouvoir et ainsi combattre sa propre impuissance. « Le spécialiste... s’enrôle pour enrôler les autres » [12]. Selon le principe de la pyramide, la hiérarchie se réplique — vous êtes recruté et pour ne pas être en bas de la pyramide, vous devez recruter plus de gens qui soient en dessous de vous, qui à leur tour font exactement la même chose. La reproduction de la société aliénée des rôles s’accomplit à travers les spécialistes.

Jacques Camatte, dans son essai Sur l’organisation (1969) [13], souligne judicieusement que les groupements politiques finissent souvent comme des « gangs » qui se définissent par l’exclusion — la loyauté des membres du groupe va à ce dernier plutôt qu’à la lutte. Sa critique s’adresse particulièrement à la myriade de sectes gauchistes et de groupuscules, mais s’applique aussi, bien que moins profondément, à la mentalité activiste.

Le groupe politique ou parti se substitue au prolétariat ; sa propre survie et sa reproduction deviennent la valeur suprême — l’activité révolutionnaire devient synonyme de « construire le parti » et recruter des membres.

Le groupe se considère lui-même comme l’unique détenteur de la vérité et ceux qui sont hors du groupe sont traités comme des idiots devant être éduqués par cette avant-garde. Au lieu d’un débat équitable entre camarades, on obtient une séparation entre la théorie et la propagande, où le groupe a sa propre théorie qui est presque gardée secrète dans l’idée que les autres, les arriérés mentaux, doivent être attirés dans l’organisation par une stratégie populiste avant que la politique surgisse devant eux par surprise. La façon malhonnête de traiter avec ceux qui sont hors du groupe est semblable à un culte religieux — dans lequel on ne dit jamais en face de quoi il s’agit.

Nous pouvons trouver des similitudes avec l’activisme, en cela que le milieu activiste agit comme une secte gauchiste. L’activisme dans son entier a certaines caractéristiques propres à un « gang ». Les gangs d’activistes peuvent souvent se révéler être des alliances ignorant les classes sociales, et incluent toutes sortes de réformistes libéraux parce qu’eux aussi sont des « activistes ». Les gens se pensent d’abord comme activistes et leur loyauté première va à la communauté d’activistes et non à la lutte elle-même. Le « gang » est une communauté illusoire qui nous détourne de la création d’une plus large communauté de résistance. L’essence de la critique de Camatte est une attaque contre la création d’une division interne/externe entre le groupe et la classe sociale. Nous en arrivons à nous considérer comme des activistes, en cela séparés et ayant des intérêts divergents par rapport à la masse des prolétaires.

Notre activité devrait être l’expression immédiate d’une lutte réelle et non pas l’affirmation du caractère séparé et distinct d’un groupe particulier. Dans les groupes marxistes, la possession de la « théorie » est ce qui détermine le pouvoir — c’est différent dans le milieu activiste, mais pas si différent : le savoir, l’expérience, les contacts, l’équipement, etc. sont ce qui détermine le pouvoir.

L’activisme reproduit la structure de cette société dans ses opérations : « Quand le rebelle commence à croire qu’il combat pour un bien supérieur, le principe autoritaire revient » [14]. Ceci n’est pas un sujet trivial, mais est à la base des relations sociales capitalistes. Le capital est une relation sociale entre des gens médiatisés par des choses — le principe de base de l’aliénation est de vivre sa vie au service d’une chose qu’on a soi-même créée. Si nous reproduisons cette structure au nom d’une politique qui se déclare anticapitaliste, nous avons perdu avant d’avoir commencé. On ne peut combattre l’aliénation avec des moyens aliénés.

Une modeste proposition

La modeste proposition est que nous devrions développer des moyens d’agir qui sont en rapport avec nos idées radicales. Cette tâche ne sera pas facile et l’auteur de ce texte n’a pas d’apperçu plus clair que quiconque sur la façon dont nous devrions nous y prendre. Je ne dis pas que l’initiative du J18 aurait dû être abandonnée ou attaquée, en fait ce fut une tentative courageuse de repousser nos limites et de créer quelque chose de mieux que ce que nous avons déjà. Cependant, dans ses tentatives de rompre avec les manières antiques d’agir, elle a éclairci les liens qui nous rattachent encore au passé. Mes critiques de l’activisme, ci-dessus, ne s’appliquent pas toutes au 18 juin. Mais il y a un certain paradigme de l’activisme qui au pire inclut tout ce que j’ai souligné là, et le 18 juin partage ce paradigme dans une certaine mesure. C’est à chacun de déterminer dans quelle mesure.

L’activisme est une forme en partie obligée par notre faiblesse. Comme l’action commune menée par Reclaim the streets et les dockers de Liverpool — nous vivons une époque dans laquelle les politiques radicales sont souvent le produit de faiblesses mutuelles et d’isolation. Si tel est le cas , il ne nous est peut être même pas possible de nous débarrasser de ce rôle d’activiste. Il se peut que dans des temps d’affaiblissement de la lutte, ceux qui continuent à travailler à la révolution sociale soient marginalisés et en viennent à être perçus (et à se percevoir eux-mêmes) comme un groupe séparé des gens. Il est possible aussi que ce phénomène ne puisse être inversé que par un déferlement général de la lutte, lorsque nous ne serons plus considérés comme des freaks et des weirdos [NdT : des semi-clochards et des marginaux], nous serons l’expression des idées de tout un chacun. Cependant, pour travailler à intensifier la lutte, il sera nécessaire de rompre avec le rôle d’activistes dans toute la mesure du possible — d’essayer constamment de passer au-delà des frontières de nos limites et contraintes.

Historiquement, ces mouvements qui ont réussi à déstabiliser, supprimer ou à dépasser le capitalisme n’ont pas tous pris la forme de l’activisme. L’activisme est essentiellement une forme politique et une méthode d’action adaptée à un réformisme libéral poussé au-delà de ses propres limites et utilisé à des fins révolutionnaires. Le rôle de l’activiste, en soi, devrait être problématique pour tous ceux qui désirent la révolution sociale.

 

Andrew X.

Notes

[1] Squatting up to the Square Mile : A Rough Guide to the City of London, J18 Publications (UK), 1999, p. 8

[2] Voir « Direct Action : Six Years Down the Road », Do or Die n°7, p. 3

[3] Raoul Vaneigem, Traité de savoir-vivre à l’usage des jeunes génération.

[4] Voir « The Day they Drove Twyford Down », Do or Die n°1, p. 11

[5] Voir « Personality Politics : The Spectacularisation of Fairmile », Do or Die n°7, p. 35

[6] Do or Die n°7, p. 128

[7] Do or Die n°7, p. 107

[8] Do or Die n°7, p. 109

[9] Do or Die n°7, p. 108

[10] Do or Die n°7, p. 109

[11] Do or Die n°7, p. 111

[12] Do or Die n°7, p. 143

[13] Jacques Camatte — « On Organization » (1969) dans This World We Must Leave and Other Essays (New York, Autonomedia, 1995).

[14] Do or Die n°7, p. 110

Par Blog de sheerk
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